Comme beaucoup, je reste fasciné par ce poète qui a bouleversé les codes de la poésie, de la littérature et, finalement, pré-défini le surréalisme. J'ai écrit le livret d'un spectacle, il y a cinq ans, en focalisant mon attention sur les deux années qu'il a partagées avec Verlaine. J'ai évidemment pris le soin de lire et relire leurs oeuvres complètes, de nombreuses biographies et essais, d'assister à diverses conférences. Comme Blanchot et Breton l'ont justement décrit, le silence de Rimbaud après seulement quelques brèves années d'écriture reste énigmatique et ajoute à la qualité de ses oeuvres. Cela dit, sa correspondance dont j'ai tiré quelques brefs extraits garde la même force. Les connaisseurs trouveront, épars, de nombreuses références aux oeuvres, parfois des vers entiers. On ne peut pas parler de génies sans les citer. Toutefois, j'ai préféré ne pas reprendre de poèmes complets car ma démarche biographique ne m'y engageait pas. Je vous le livre.
Les personnages:
Arthur Rimbaud
Paul Verlaine
Vitalie Rimbaud (la mère d'Arthur)
Mathilde Verlaine (la femme de Paul)
1- L'arrivée à Paris septembre 1871
Ouverture
- Je vous remercie, Monsieur Verlaine. C'est un grand honneur de vous avoir rencontré. N'oubliez pas de me renvoyer tous les manuscrits d'Arthur afin que je puisse faire une sélection qui lui survivra. Au revoir.
- Au revoir, Madame (silence) Ah...
Lettre d'Arthur- Monsieur, je vous admire avec enthousiaste. J'ai lu tous vos vers. Permettez que je vous soumette les miens. J'ai fait le projet de faire un grand poème, et je ne peux travailler à Charleville. Je suis empêché de venir à Paris, étant sans ressources. Ma mère est veuve et extrêmement dévote. Elle ne me donne que dix centimes tous les dimanches pour payer ma chaise à l'église. répondez-moi, je serai moins gênant qu'un Zanetto.
Lettre de Verlaine- J'ai comme un relent de votre lycanthropie... Vous êtes prodigieusement armé en guerre. Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend
DehorsDehors, dehors
Va-t-en, vaurien
T'ancrer de plein gré à leur port
Qu'aucune mère n'attend au loin
Quand tu auras perdu le nord
Tu te rappell'ras mon chagrin
Dehors, dehors
Ne dis plus rien
Va vivre ta vie sans remords
Ne te retourne pas en chemin
Personne ne te donn'ra plus tort
Je te laisse ta vie sans mes mains
Il faut laisser partir la vie
Qu'on a portée
Rompre encore le lien qui unit
Nos destinées
Le vent plie toujours le roseau
Malgré lui
Qui sait où meurent les oiseaux
Qui ont fui
Dehors, dehors
Sans peur, sans-c½ur
Advienne que pourra à ton sort
L'amour n'efface pas les erreurs
Va où te mènent les aurores
Mais sois à l'heure, oui sois à l'heure
Dehors, dehors
Comme un voleur
L'enfant est devenu un homme
Ainsi soit-il, pire ou meilleur
Là-bas le monde n'attend personne
Protège-le, Seigneur, j'ai peur
Veille sur lui, même si j'en meurs
Même si j'en meurs
VitalieJe serai un voyantL'étoile a pleuré rose au c½ur de mes oreilles
L'infini roulé blanc de ma nuque à mes reins
Et comme un nouveau-né, sevré d'un long sommeil
Je cherche mon chemin et l'ivresse d'un parfum
Des images, des couleurs que nul n'a regardé
Se bousculent dans ma tête pour mieux s'élucider
Comme ce bateau ivre qui rêve d'appareiller
J'espère conquérir les rivages indomptés
Je serai un voyant
Déréglant tous mes sens
Avide de sentiments
Jusqu'à leur quintessence
Puisant dans l'inconnu
Une force surhumaine
Les souffrances éperdues
Me rendront criminel
C'est la seule vérité
L'unique chemin de croix
La torture raisonnée
Qui réinvente la foi
Je serai un voyant
Vivant d'éternité
Libre sans faux-semblants
Telle est ma destinée
Je rendrai l'âme infâme
Epuisant les désirs
Jusqu'à trouver la flamme
Jusqu'à mourir d'écrire
Je serai un voyant...
RimbaudParisIl est étrange et ses manières
Ne sont pas de goût à me plaire
C'est un garçon de la campagne
Tout juste bon à faire scandale
Il y a des règles à Paris
Bientôt il en paiera le prix
Quoiqu'en pense mon cher mari
On n'comprend rien à ses écrits
Paris, Paris
Rêve d'une autre vie
Sur le quai d'une gare
Paris, Paris
Comme un vent de folie
Une envie qui s'égare
Paris, Paris
Avide et sans souci
Ce même désir de gloire
Paris, Paris
Rester à la merci
D'un bien curieux hasard
Paris, Paris...
Paris
MathildeEcrireC'est comme une entaille
Toujours plus profonde
Mon souffle vital
Qui fuit chaque seconde
C'est comme une faille
Que la mer inonde
Rôdant où que j'aille
Infernale ronde
Et qui creuse ma tombe
Et qui creuse ma tombe
C'est mon sang qui coule
Bien plus noir que l'encre
Les heures qui s'écoulent
Le temps qui me manque
Ecrire
Mais agir quand même
Au-delà du rêve
Comme un chant qu'on sème
Retenir la sève
Ecrire
Comme désabusé
Mais ne rien garder
Des paroles usées
Des souffrances passées
Ecrire
Ecrire
Rimbaud, VerlaineJ'ai vécuJ'ai vécu
Jusqu'aujourd'hui
Travaillant sans relâche
Chaque jour, chaque nuit
J'ai gardé mes attaches
Celles que j'ai apprises
De ma mère, cette femme
Résignée quoiqu'on dise
A rester paysanne
J'ai vécu
Et je vivrai
Car c'est tout mon destin
J'ai payé mes péchés
J'ai tout donné aux miens
Mais c'est sans regretter
Qu'ici je m'emprisonne
Je sais avec fierté
N'rien devoir à personne
J'ai vécu
Toute cette vie
Je me suis mise à sang
Pour cet enfant maudit
Ingrat de tout ce temps
Que j'ai passé pour lui
Avec Dieu pour témoin
Je me suis interdit
De souffrir mon chagrin
Mais je n'attends plus rien
VitalieL'homme que j'attendaisLorsque je l'ai vu
J'étais une enfant
Rêvant d'îles perdues
Du prince charmant
Mais il m'a séduite
Instantanément
Lui, cet homme d'esprit
Au regard si envoûtant
Il m'a appris les mots qui se taisent
Ceux que murmurent les sirènes
A ceux qui se perdent à jamais
Sur les voiles de leur destinée
Il est l'homme que j'attendais
Je n'ai pas besoin
De quelqu'un comme lui
Je sais mon chemin
Celui que j'ai fui
Mais s'il m'est utile
Puisqu'il est connu
Je serai docile
A ses mots sans imprévu
Je serai un génie, un prophète
En réinventant les couleurs
L'audace que n'ont pas les poètes
Qui ont vieilli bien avant l'heure
Il sera l'homme de mon humeur
L'homme...
L'homme...
Mathilde, RimbaudDehors Dehors, dehors
Sors de chez moi
Tu n'es qu'un petit prétentieux
Pour qui te prends-tu ici-bas
Si tu veux jouer à ce jeu
Nous serons à deux contre toi
Dehors, dehors
Ne reviens plus
Tu n'te serviras pas de Paul
Tu resteras un inconnu
Il n'est pas dupe, je n'suis pas folle
Pars, tu n'es plus le bienvenu
Dehors
MathildeUn hommeUn homme, un homme
Voilà en somme
Ce que tu es
Ce que je hais
Un homme, un homme
Qui s'abandonne
Au fil des nuits
De lit en lit
Depuis que tu m'oublies
Je te cherche
Au détour de ces rues
Où la lune ne va plus
Et tu serres
Dans tes bras éperdus
Son corps d'ange déchu
Je ne sais plus
Un homme, un homme
Qu'on te pardonne
Faible et si veule
Un homme si seul
Un homme, un homme
Simple personne
Des sentiments
Rien d'important
Une poussière d'océan
Et la haine
Qui croise notre histoire
Que nous croyions prévoir
Et la gêne
Que j'ai lu en miroir
A travers ton regard
Tu pars, ce soir
Une femme, une femme
Banale en somme
Qui dit je t'aime
Mais qui en crève
Une femme qui rêve d'une trêve
Mathilde, Vitalie TrahiMathilde, je suis rentré
Où est notre invité
J'ai une nouvelle pour lui
Trop tard, il est parti
Mais je ne comprends pas
Quelle est cette plaisanterie
Il se servait de toi
Je l'ai chassé d'ici
Qu'as-tu fait pauvre folle
Il ne connaît personne
Il est bien plus sournois
Que tu ne crois
Tais-toi
Trahi, trompé
Dans ma propre demeure
Par la femme qui porte mon nom
Mais, Paul...
Trahi, touché
Comme une balle en plein c½ur
Prisonnier d'une vie sans raison
J'ai fait ce choix au nom de nous
Il nous aurait tous rendus fous
Je sens la noirceur de son âme
Tu ne comprends rien pauvre femme
Trahi, trompé
(Dans ma propre demeure)
J'ai fait ce choix au nom de nous
Trahi, touché
(Comme une balle en plein c½ur)
Il nous aurait tous rendus fous
Tu es bien comme les autres
Personne ne t'intéresse
Quand tu croises un apôtre
Jamais tu ne te baisses
Tu es bien comme les autres
Eh bien reste comme ça
A expier tes fautes
Mais continue sans moi
Verlaine, Mathilde Si tu savaisDépasser tes limites
Et devenir un mythe
Un païen qu'on adore
Inventer ton décor
Atteindre les aurores
Vouloir toujours plus vite
Marcher dans la poussière
Du sable de lumière
Et te plaindre à la lune
Au gré de la fortune
Ton passé en rancune
Et découvrir la mer
Si tu savais
Où s'en vont les éclipses
Tu les suivrais
En prenant tous les risques
Si tu savais
Où l'avenir s'éveille
Tu t'y noierais
A en perdre sommeil
Si tu savais
Où meurent les aventures
Tu écrirais
Tes dernières blessures
Tes dernières blessures
Si tu savais
L'ombre de mon amour
Tu me fuierais
De peur d'aimer un jour
Vitalie2- Retour forcé à Charleville- Première séparation mars / avril 1872
Ce ne sera pas bien longCe ne sera pas bien long
Quelques jours, quelques semaines
Bientôt, nous nous reverrons
Je ne te laisse pas sans peine
Car ce sont eux qui me forcent
On est faible quand on est seul
Ils me parlent de divorce
Je dois faire ce qu'ils veulent
Mais quand tout sera calmé
Je te sauverai de l'exil
Dans l'attente de cette journée
Repose-toi chez ta famille
N'aie crainte ma chère Mathilde
Je reviens enfin vers toi
Oublie tous ces jours pénibles
Je t'aime encore, crois-moi
VerlaineChasséChassé
Exilé
Comme un malpropre
Un moins que rien
Mis à la porte
Presqu'assassin
Jeté
Congédié
Sans préavis
La gorge serrée
Je suis parti
Les poches crevées
Chassé
A quoi t'attendais-tu
En débarquant là-bas
Sans avoir prévenu
Que l'on t'ouvre les bras
Anonyme, inconnu
Devant le Tout-Paris
On ne t'attendait pas
Comme un nouveau Messie
Assez
De pleurer
Comme un enfant
Trop égoïste
Il faut du temps
Pour devenir artiste
Rimbaud, Vitalie Dans ma chairDans ma chair, dans mes bras
Ce tout petit bout d'homme
Que je n'attendais pas
Je me serre contre toi
Aussi grand que trois pommes
Mais le meilleur de moi
J'ai déjà
Tant de choses à te dire
Tu verras
Nous deux, c'est pas pour rire
Jusque là
J'étais sans avenir
Mais pour toi
Je saurai reconstruire
Toute ma vie
Pour l'un de tes sourires
VerlaineA genouxMais qu'est-ce que je t'ai fait
Pour que tu m'abandonnes
Moi qui ne demandais
Que vivre avec mon homme
Mais qu'est-ce qui te prend
A t'en aller au diable
Où sont les sentiments
Toujours inépuisables
Dis qu'est-ce qui nous arrive
Nous étions si heureux
Que nous aurions su vivre
Jusqu'à devenir vieux
Je me traîne à genoux
Jusqu'à me rendre folle
Je me soûle de dégoût
Mais rien ne me console
Je me consume debout
Et ma raison s'envole
Je te hais malgré tout
D'aimer...
Mais qu'est-ce que je te dis
Rien n'est perdu d'avance
Reste, je t'en supplie
Oublie mes insolences
Je te donn'rai mon corps
Et ma bouche, et mon âme
Sevré de tous remords
Redécouvrant la femme
Celle que tu as choisie
Et qui n'attend que toi
Pour inspirer les cris
De nos nuits à mi-voix
Je me traîne à genoux
Jusqu'à me rendre folle
Je me soûle de dégoût
Mais rien ne me console
Je me consume debout
Et ma raison s'envole
Je te hais malgré tout
D'aimer... cet homme.
MathildeMon filsMon fils, mon fils
Ma fierté, ma souffrance
Souvenir de passage
D'une nuit sans silence
Mon fils, mon fils
Mon passé, ma conscience
Sacrifice d'usage
D'une femme pour un ange
Mon fils, mon fils
Mon souffle, mon sursis
Mon intime espérance
La lumière de mes nuits
Mon fils, mon fils
Oh ma chair, ma survie
Dans ce monde sans confiance
C'est un cadeau sans prix
Mon fils
VitalieDe l'un à l'autreDe l'un à l'autre
Juste un détour
Sur les contours
D'un même corps
De l'un à l'autre
Une même étreinte
De tendres plaintes
Frissonnent encore
Pourquoi choisir
Une seule personne
Quand mes désirs
Eux, s'abandonnent
A deux plaisirs
Si différents
Pourquoi choisir
Ses sentiments
De petite mort
En long soupirs
Je perds le nord
Et j'aime le pire
Adolescent
Ou femme-enfant
Le même et l'autre
En même temps
VerlaineTes maux me manquentTes maux me manquent, je n'en peux plus
Ma plume flanche, je n'écris plus
Plus que des verbes sans sujet
Sans toi ma vie n'a plus d'objet
Tes maux me manquent et puis surtout
Ta nonchalance me rend jaloux
Mais dans quels bras te donnes-tu
Je crois t'aimer à ton insu
J'entends ta voix au lointain
Mais quelle voie suit ton destin
Vas-tu me dire ces mots de trop
Ceux que je crains
Quand je t'étreins
Aux murmures de ta peau
Tes maux me manquent, je deviens fou
Si l'on pouvait balayer tout
Ces spectres qui se jouent de nous
Ne sauraient plus tenir debout
Tes maux me manquent, même ceux qui blessent
Et mon orgueil et ma détresse
Comme tes rires à tomber les murs
Apaisent les ratures de l'usure
Tes maux me manquent...
Tu me manques
Verlaine, Rimbaud, Vitalie, Mathilde3- Retrouvailles à Paris mai / juin 1872
Les poètes mauditsEclabousser les sentiments
Leur redonner le goût du sang
Celui que le c½ur oubliait
Quand la ranc½ur le dévorait
Arracher aux anciens amants
Tous leurs espoirs d'amour naissant
Retrouver son identité
Dans un monde à réinventer
Maudits
Nous s'rons des poètes maudits
Par cette vie qui nous ronge d'ennui
Et nous détruit par ses non-dits
Maudits
Nous s'rons des êtres maudits
D'avoir voulu plus que l'envie
D'avoir vécu mille autres vies
Blasphémer tous les préjugés
Ceux qui gangrènent la société
Bâtir ensemble de quoi tenir
Un asile au pont des soupirs
Délier les âmes dans l'alcool
Cracher sur elles comme des idoles
Quand les paroles cherchent à séduire
Fuir tous ces gestes sans mot dire
Maudits
Nous s'rons des poètes maudits
Par cette vie qui nous ronge d'ennui
Et nous détruit par ses non-dits
Maudits
Nous s'rons des êtres maudits
D'avoir voulu plus que l'envie
D'avoir vécu mille autres vies
Maudits
Verlaine, RimbaudJ'ai vieilliJ'ai vieilli brusquement
Quitté ma chrysalide
En jetant au néant
Mes rires de petite fille
J'ai vieilli brusquement
Sous les coups de tes mains
Qui violaient cet enfant
Qui ne demandait rien
J'ai vieilli, je le sens
Mais je n'suis pas coupable
Pourquoi cette violence
Suis-je si haïssable
Plus rien n'est comme avant
Quelque chose s'est éteint
Il est là cependant
Il a suffi de rien
Rimbaud, Rimbaud
Toute ma détresse tient en un mot
Qui tourne court et sonne faux
Rimbaud, Rimbaud
Je te maudis de toutes mes larmes
Je me battrai avec mes armes
Je suis sa femme
Mathilde5- Bruxelles juillet / août 1872
Bleu- (Rimbaud) Elle est retrouvée
- (Verlaine) Quoi ?
Bleu, infiniment bleu
Le ciel et la mer ne font qu'un
Condamnés et liés sans fin
A peindre dans l'immensité
La toile de l'éternité
Bleu, intensément bleu
Et pas même la nuit ni l'espace
Ne troubleront l'esquisse sans trace
Qui mène toutes les passions
Aux confins de son horizon
Bleu, éternellement bleu
Et le silence pour seul aveu
Quand l'existence livre son jeu
L'orgueil des hommes n'a pas de sens
La vie retrouve son essence
Bleu, infiniment bleu
Le ciel et la mer ne font qu'un
Condamnés et liés sans fin
A peindre dans l'immensité
La toile de l'éternité
- (Rimbaud) Elle est retrouvée
- (Verlaine) Quoi ?
- (Rimbaud) L'éternité. C'est la mer allée avec le soleil.
Rimbaud, VerlaineCorps à corpsExplorer la violence
Confins de la passion
Le mélange des sens
Devient une obsession
Corps à corps, face à face
Ta peur contre ma peau
S'immisce en mon ego
Ton émotion m'intime
Une sensation sublime
Corps à corps, face à face
Un accord qui nous glace
Sans tricher, sans mentir
Nos regards qui s'attirent
Et nos corps au ressac
Est-ce un sort ou le trac
Cette ivresse sans alcool
Dans cette scène sans paroles
Respirer ton odeur
S'en inspirer sans fin
Cette tendre chaleur
Quand ta main me retient
Corps à corps, face à face
Verlaine, RimbaudVerlaineVerlaine
Combien de mois, combien de peines
De cris d'amour en cris de haine
Combien de regards silencieux
Quand tes égards visaient les cieux
Verlaine
J'aimerais que tu te souviennes
Des jours de tes premiers poèmes
De nos rendez-vous tous les deux
Des nuits où nous étions heureux
Verlaine
Malgré tous ces mots que je saigne
A fleur de peau, comme l'on sème
Des idéaux sous les drapeaux
Pour apaiser le poids des maux
Verlaine
Je voudrais tant que tu m'apprennes
Ta langue et celle de tes bohèmes
La vertu des corps éperdus
Qu'on croyait à jamais perdus
Verlaine
Si l'encre manque à mes fontaines
Pour te dire au clair des persiennes
Les sanglots longs de ces violons
Où s'abandonne ma passion
Verlaine
Cette fièvre qui nous entraîne
Aux frontières d'une raison païenne
Scelle nos vies plus que l'hymen
De celle à qui ton sang t'enchaîne
Verlaine
Ton nom qui sonne comme une rengaine
Vient se plaindre au creux de la mienne
Et inventer une mélodie
Qui m'aliène petit à petit
Verlaine
C'est plus que l'histoire de Chimène
Les chimères, l'appel des sirènes
C'est l'éternité peu à peu
Qui brûle ses larmes de feu
Verlaine
Verlaine
Verlaine
Mathilde, RimbaudEnlace-moiEnlace-moi, envahis-moi, emmène-moi
Sur ta couche
Enamour-moi, enfante-moi, embrasse-moi
Sur la bouche
Je veux sentir nos corps
Se lier sans remords
S'unir dans un parfait accord
Etonne-moi, effleure-moi, effeuille-moi
En douceur
Ressource-moi, égare-toi, ne t'excuse-pas
N'aie pas peur
Je veux te voir frémir
De désir en soupir
T'enfuir et t'enfouir en moi
Déshabille-moi, de haut en bas, déshabille-toi
A genoux
Caresse-moi, câline-moi, capture-moi
Comme un fou
Tes reins se cambrent, tu te fais tendre, je dois me rendre
Au constat
Sans plus attendre, sans rien comprendre, brûle la cendre
Notre ébat
N'en finira pas
MathildeS'il fallaitS'il fallait faire le tour
Et refaire chaque geste
Je ferai chaque jour
De ton corps ma faiblesse
Je saurai te surprendre
Comme un nouvel amant
Quand tu te fais attendre
Irrésistiblement
S'il fallait inventer
Pour te redécouvrir
Les paroles, les pensées
Que d'autres ont su te dire
Je saurai me pencher
Au creux de ton épaule
Et te faire oublier
Celles qui ont eu mon rôle
S'il fallait s'égarer
Sur des voies de traverses
Peu à peu dispersés
Par ces gens qu'on déteste
Je saurai faire de nous
Mon plus beau souvenir
Et garder malgré tout
L'espoir d'un avenir
S'il fallait en finir
Verlaine, MathildeEchec et matTu rôdes encore comme un vautour
Dis entre nous es-tu jaloux
Il s'est lassé, j'ai joué mon tour
La reine revient, échec au fou
Ton assurance manque de méfiance
La partie n'est pas terminée
Prends garde un peu à ta défense
A qui perd gagne, je suis premier
Il t'a déjà quitté pour moi
Eh bien tu changeras d'avis
Il repart demain avec moi
Vos chemins se séparent ici
Je le connais mieux que moi-même
Et j'imagine ce qu'il t'a dit
Quand il était en toi : « je t'aime
Tu m'as manqué, c'est bien fini »
Mais tu hésites brusquement
Aurais-tu peur de te tromper
Même en rampant comme un serpent
Il n'aurait plus aucune pitié
Ne me tente pas, tu t'y perdras
Pardon mais il faut que je parte
Adieu, au r'voir je ne crois pas
La reine s'en va, échec et mat
Mathilde, RimbaudMonsieur Monsieur, vous lirez dans cette lettre
Toute l'impudeur qui l'a fait naître
Ce vertige qui s'empare du c½ur
Quand il s'égare à l'extérieur
Monsieur, je ne vous demande rien
Mais toute ma vie est dans vos mains
Malgré le respect au poète
Il faut bien que je sois honnête
Il y a des rumeurs de Paris
Qui viennent se perdre jusqu'ici
Dites-moi pourquoi ces calomnies
Qu'ai je fait de mal ou vous de lui
Même si je n'suis qu'une paysanne
Je suis sa mère de toute mon âme
Je ne laisserai jamais son nom
S'égarer dans ces déraisons
Monsieur, il me faut vous quitter
Vous êtes père, vous comprendrez
Faites qu'il revienne à la maison
Recevez mes salutations
VitalieLente agonieTu me tortures, tu me tourmentes
Je me soumets et tu inventes
Lors des prémices qui te trahissent
D'autres supplices ou d'autres vices
Lente agonie où je survis
Au gré de tes envies
Etre victime de crimes intimes
Tu me fascines et je m'incline
Tu me supplies mais tu te plies
A mes folies, à mes délits
Pulsions intenses quand mes outrances
Te font violence sans indulgence
Lente agonie où tu survis
Au gré de mes envies
Etre victime de crimes intimes
Je te fascine et tu t'inclines
Comme un volcan qui se réveille
Je me révèle à ces délices
Son corps m'obsède même en sommeil
Quand sa peau cède à mes caprices
Je crève de lui, je meurs sous lui
Dans ces vapeurs d'alcool
C'est Satan et Dieu qui me violent
Leur vierge folle qui me console
Comme une drogue qui m'attise
Mes sens soudain se paralysent
Mon c½ur se fige, mes reins se cambrent
Je me soumets à ses tourmentes
Lente agonie où l'on survit
Au gré de nos envies
Etre victime de crimes intimes
Qui nous fascinent quand on décline
Verlaine AvantAvant
Les muses se penchaient sur moi
Avant
Leurs souffles prolongeaient mes doigts
Avant
J'étais aimé ou respecté
Avant
J'avais des rêves d'éternité
Mais tout bascule
Soudain
Quand s'inoculent
Ses mains
Comme un poison
Venin
Qui me répond
Sans fin
Viens, viens
Plus rien ne me retient
Embué par l'alcool
Esclave de ses paroles
Viens, viens
Caresse-moi comme un chien
Nos peaux livrées se collent
Il m'embrasse, il me viole
Viens, viens
Je crève de ce refrain
Je m'abîme dans l'intime
Je prends plaisir au crime
Viens, viens
Je suis là, je suis loin
Je ne suis qu'une épave
Je me soumets, je bave
Tant pis pour la postérité
Si mes poèmes doivent en mourir
J'aurai vécu d'avoir aimé
Dans l'ombre de ses souvenirs
Viens, viens...
Avant
Les muses se penchaient sur moi
Avant
Leurs souffles prolongeaient mes doigts
Avant
J'étais aimé ou respecté
Avant
Je ne savais pas qui j'étais
Verlaine Je le haisJe le hais, je le hais
Mes cris se perdent dans ce puits
Où ma douleur lui survit
J'ai payé plus que le prix
Je le hais, je le hais
D'avoir pillé toutes ces nuits
Où s'enlacent les interdits
J'ai tant usé mes folies
Pour lui
Je le hais, je le hais
Il m'a pris ce sang qui saigne
Dans mon c½ur et dans mes veines
Il m'a volé mon soleil
Je le hais, je le hais
Je suis l'ombre de moi-même
Depuis peu à peu s'éteignent
Les lueurs qu'un c½ur mortel
Blasphème
Que dire encore, que faire sans lui
Tous les remords me soufflent un « si »
S'il revenait, redevenait
L'homme qu'il n'aurait pas dû quitter
Plus jamais
Non, non, non, non
Non plus jamais, je haïrais
Mais
Je le hais, je le hais
De toute mon âme et ma peau
De lui livré mot à maux
La douleur de mes sanglots
Je le hais, je le hais
Et c'est ma vie qui chavire
Sans le meilleur, pour le pire
Quand je vois nos souvenirs
Mourir
Verlaine
Verlaine
Mathilde, Vitalie 6- L'aventure londonienne septembre 1872 / juillet 1873
Une saison en enferSur les vitres les gouttes s'emmêlent
Comme un collier qui se déchire
Analogie d'une vie humaine
Où l'on détruit ce qu'on désire
Assis des heures, j'attends en vain
Que le destin me fasse un signe
Et qu'il s'empare de ma main
Pour la guider vers d'autres lignes
Soudain tout s'accélère
Mes idées prennent l'air
Dans ces odeurs d'éther
Je suis à découvert
Un homme solitaire
Qui rêve de lumière
D'un monde imaginaire
Dans la vie ordinaire
Oh pourtant je me perds
Et tout tourne à l'envers
Quand tout est à refaire
Comme les mots éphémères
D'une saison en enfer
D'une saison en enfer
D'une saison en enfer
En enfer
RimbaudUn dernier criIl faut avoir eu mal
Brûlé plus qu'en enfer
Pour réduire notre histoire
A un tas de poussière
Il faut avoir souffert
Payer plus que le prix
Pour laisser la colère
Détruire toute sa vie
Cette lettre n'est pas un jeu
Une ultime tentative
Il n'y aura plus nous deux
Aucune alternative
Tu m'as jeté aux loups
Traîné dans tes scandales
Affamé d'amour fou
Ma candeur virginale
Je ne te laiss'rai rien
Pas même un souvenir
Je donnerai aux chiens
Tes promesses d'avenir
Sache que les sentiments
Sont tout aussi mortels
Qu'ils restent intransigeants
Aux sirènes qui appellent
Tu m'as pris mon enfance
J'ai arraché la tienne
Une nuit sans importance
Où tu disais je t'aime
Je suis enfin sereine
Et je pars sans dilemme
Adieu à toutes nos scènes
Je n'dirai plus jamais...
(Verlaine) je t'aime
MathildeLa seule personneJ'en ai écrit des mots
Et des rimes stupides
Me faisant le héros
De tes rêves d'argile
J'en ai écrit des lettres
Sans pudeur, sans ambages
Pour sortir de ma tête
La force d'être sage
A caresser le vide
Du bout des doigts
On finit par ne vivre
Que pour soi
Je ne sais pas vivre avec toi
Je ne peux pas vivre sans toi
Et je dérive malgré moi
Et je t'admire au fond de moi
Dans le gouffre d'une île
Où tu ne m'attends pas
Dans le souffre d'une ville
Où tu ne m'entends pas
On ne se disait rien
Etait-ce si important
Je rêvais de tes mains
Toi d'un frère de sang
J'en ai fait des promesses
Les as-tu écoutées
Faudra-t-il qu'on se laisse
Qu'on se lasse d'aimer
A caresser le vide
Du bout des doigts
On finit par ne vivre
Que pour soi
A caresser le vide
Du bout des doigts
On finit par le faire
Autour de soi
Toi qui as toujours été
La seule personne que j'attendais
VerlainePathétiqueRidicule
Affligeant
Pathétique
Tu titubes
Exultant
Ta supplique
Un ivrogne
Excédant
Tous les risques
Pauvre Paul
En serments
Tu t'appliques
Mais tu es
Si pathétique
Arrête
Si pathétique
Non, arrête
Si pathétique
Ah, ah, ah...
Non
Ah
Paul , Paul, Paul...
RimbaudReviensNon, ce n'est pas l'encre qui coule
Malgré la pluie au quotidien
Tout juste mes larmes qui roulent
Des nuits entières jusqu'au matin
Je ne cherche plus à te mentir
Dissimuler les sentiments
Désormais, j'ose te le dire
Je t'attends indéfiniment
Reviens, reviens
Cher ami, seul ami
Reviens
Je te jure ce que tu voudras
Mais s'il te plaît reviens vers moi
Ne m'oublie pas où que tu sois
Là où tes pas me privent de toi
Moi, je t'ai et t'aurai toujours là
Bien sûr c'est moi qui ai eu tort
Les regrets sont inexprimables
Quand je t'ai vu partir du port
J'ai crié, hurlé l'inavouable
Nous en avons vécu des vies
Presque deux ans, t'en rends-tu compte
Je t'ai ému, tu m'as surpris
Comme à notre première rencontre
Dis-moi où et quand te trouver
Les aurores n'en finissent pas
Réponds à ton abandonné
Dans cet endroit je meurs de toi
Rimbaud7- Le drame de Bruxelles 10 juillet 1873
D'une année à l'autreD'une année à l'autre
Presque jour pour jour
Dans le même décor
Eternel retour
Que reste-t-il d'autre
De ce corps à corps
Sinon des c½urs sourds
Qui se désaccordent
Lassés par les mots
Fanés par le temps
Même les plus beaux duos
Vibrent à contretemps
Rien ne dure vraiment
Rien ne dure vraiment
Les étoiles un jour
Meurent d'éternité
Quelque part un ange
Vient de passer
Deux êtres s'égarent
Au bout du miroir
Comme ces fins d'histoire
Où il est trop tard
Que peuvent-ils y faire
Que doit-on en dire
Ceux qui s'indiffèrent
Pourront en sourire
Savoir se quitter
C'est aussi en soi
Continuer d'aimer
Sans mentir parfois
Le temps s'est arrêté
VitalieReste encoreIronie de l'histoire
Nous voilà de retour
A ce point de départ
Des promesses de toujours
Le destin nous fait signe
Ne le décevons plus
Et montrons nous plus dignes
De ce qu'on a vécu
Mais tu n'as rien compris
Laisse les souvenirs
A la vie, à l'oubli
Ou se perdre ou mourir
Nous avons eu notre heure
Le temps s'est écoulé
Ne faisons plus d'erreur
Quittons-nous sans regret
Reste encore
Encore un peu
Jusqu'à ce que l'aurore
Nous délie peu à peu
Reste encore
Donne-moi tes mains
Retrouvons cet accord
Dans nos corps incertains
Pauvre Paul
Tu ne changes pas
Les excuses et l'alcool
Tu ne sais faire que ça
Tu es veule
Sentimental
Tu as peur d'être seul
Et tu fais un scandale
Non, cette fois
Tu vas te taire
J'ai pris pour toi et moi
Deux billets en première
Tu sais bien
Tu n'os'ras pas
...
Pour toi... Pour...
Verlaine RimbaudRien à direRien à dire
Non, je n'ai rien à dire
Je n'sais pas c'qui m'arrive
Pourquoi mon corps dérive
Rien à dire
Non, je n'ai rien à dire
Je ne lui en veux pas
Tout est à cause de moi
Rien à dire
Non, je n'ai rien à dire
J'ai souffert si longtemps
Je l'oublie à présent
Rien à dire
Le meilleur comme le pire
S'invite à l'improviste
Et allonge la liste
Sans rien dire
Comme des statues de cire
Qui fixent le passé
Par crainte de l'oublier
Ne rien dire
Juste un fil qu'on étire
La mémoire qui se brise
D'un rêve qui s'éternise
Sans rien dire
Verlaine, Rimbaud, Mathilde, Vitalie8- la séparation forcée
MétéoreIl pleut doucement sur la ville
Endormie par la lassitude
Mêlant à l'ombre de mes cils
Les larmes d'une solitude
Et la lune reflète son image
Sur l'étang calme de mon enfance
Ignorant tout de tous ces drames
Où dérive notre existence
Météore
Si ma vie n'est qu'un météore
Une dernière danse dans ce décor
Une illusion avant la mort
Météore
Je veux connaître l'écheveau d'or
Qui tisse les fils de notre sort
Je veux mourir et vivre encore
Comme un météore
J'ai pleuré du sang de l'ennui
Versé, épuisé mes regards
Du même désert à la même nuit
J'ai cru que l'on pouvait y croire
Toujours ces éternelles figures
Qui hantent et pillent mon esprit
Et maintenant cette blessure
Je manque, je meurs, je crève de lui
RimbaudLes amantsNous n'aurons été que des amants ordinaires
Aux yeux de tous ceux qui formaient notre univers
Une étincelle humide
Etouffée dans sa chrysalide
Nous n'aurons été que des amants éphémères
Aux jeux des miroirs, meurtris par nos propres guerres
Emportés en chemin
Les marionnettes du destin
Mais si nos souvenirs survivent
Avant que nos rêves s'abîment
Nous aurons su faire
Ce qu'il fallait faire
Nous n'aurons été que des amants solitaires
A vivre pour soi, sans regarder en arrière
Comme une lueur d'espoir
Qui vacille, décline et s'enterre
Nous n'aurons été que des amants de la Terre
Fiers et dérisoires, heureux sans en avoir l'air
Une histoire d'un soir
Avant d'éteindre la lumière
Mais si nos souvenirs survivent
Avant que nos rêves s'abîment
Nous aurons su faire
Ce qu'il fallait faire
Mais si nos souvenirs survivent
Avant que nos rêves s'abîment
Nous aurons su faire
Ce qu'il fallait faire
Nous aurons su vivre
Rimbaud, VerlaineJe te demande pardonJ'ai passé toute ma vie
A vouloir t'éviter
En étouffant ce cri
Qu'en moi tu murmurais
J'ai cherché toutes les nuits
La force d'exister
Malgré cette folie
Qui toujours me hantait
Mais je gardais
Dans ma prison
Ce don secret
Mon évasion
Et je savais
Au plus profond
Qu'un jour viendrait
Même sans raison
Je te demande pardon
J'ai défié tous tes saints
A force de me glisser
Sous le joug de ses reins
Comme pour me faire payer
J'ai croisé ton chemin
Sans m'y être arrêté
Inscrivant de mes mains
Mon autre vérité
Notre Père qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne
Toi qui es au-dessus de tout
Devant qui l'on tombe à genoux
Quand tout l'monde me prend pour un fou
Dis-moi pourquoi je reste debout
Toi que je haïssais par c½ur
Sans attendre je-ne-sais quelle faveur
Sans comprendre quelle est mon erreur
Dis-moi pourquoi je n'ai pas peur
Le temps, ici, n'est qu'une image
Que les visages ont mis en cage
Et qui dérobe à son passage
La liberté comme un outrage
VerlaineLe retour Ne pose pas ces yeux sur moi
Ceux qui implorent une faiblesse
Je suis déjà à bout de foi
Chaque jour s'ajoute à ma détresse
J'ai toujours fui sans hésiter
Pour rester libre quoiqu'il advienne
Si certains soirs j'ai regretté
J'ai préféré enfouir mes peines
Dans cette maison trop vide
Je n'sais plus à qui parler
Tu m'infliges un lent suicide
Qu'ai-je fait pour mériter
Ma destinée
Toutes ces nuits à te mentir
A garder ce lourd secret
Le pire est de trahir
Je n'sais plus ce qui m'arrive
Ce que j'ai fait
A la pensée du désir
Je me torture, j'imagine
Ton corps d'enfant qui s'étire
Et j'ai mal à en mourir
A en mourir
Je revois toutes les nuits
Ces images qui me hantent
Et je cours jusqu'à ton lit
Mais la chambre reste absente
Et tu me manques
Mère, je voudrais que tu saches que...
Non je n'veux rien savoir, le repas est prêt, lave-toi les mains et viens dîner
Vitalie, Rimbaud Ma vieComment os'rai-je te dire
Que je n'suis rien sans lui
Sans voler ton sourire
Qui me rappelle chaque jour
Qu'il t'a donné la vie
Quand la sienne en retour
S'égarait loin d'ici
S'enivrant de son corps
Malgré les interdits
Pourtant quand je m'endors
Est-ce un crime si j'oublie
La raison de mon sort
Ma vie, ma vie, c'est un mauvais rêve
Faudra-t-il pourtant que j'en crève
Même quand je serre contre ma chair
Ce c½ur fragile relié au mien
Je sens la tendresse de ton père
Qui m'étreignait tous les matins
Ma vie se consume comme un rien
Tes yeux brillent insouciants
De ces mots qui te bercent
Stupides à sang pour sang
Miroir de ma détresse
Qui glisse fébrilement
Après que nos jeux cessent
Vers tes lèvres d'enfant
Qui rient de ma folie
Et me laissent en suspens
Au-dessus de ce lit
Où enfin je comprends
Ce qui retient ma vie
Ma vie, ma vie, c'est un mauvais rêve
Faudra-t-il pourtant que j'en crève
Même quand je serre contre ma chair
Ce c½ur fragile relié au mien
Je sens la tendresse de ton père
Qui m'étreignait tous les matins
Ma vie se consume comme un rien
Ma vie se résume à tes mains
MathildePartirPartir
La rejoindre
Quitter cette terre qui a vieilli
Redécouvrir celle qui a mis
Au monde la vie
S'enfuir
Pour l'atteindre
Voler, voguer au firmament
Là où le vent déroule le temps
Dévoile son chant
Sentir
Et l'étreindre
Libéré de tous les tourments
La chaleur du sable émouvant
Sensuel amant
Au rythme des saisons
Comme un hymne à ton nom
Quand l'écho du silence
Est le seul qui résonne
Le désert comme un feu
Consume l'air peu à peu
Plus rien n'a d'importance
Plus personne ne s'étonne
Traduire
Sans enfreindre
L'inouï secret des millénaires
Qui dérobe aux hommes les hivers
Vivre l'enfer
Ecrire
Pour dépeindre
La douleur de la femme qui pleure
Son impuissance du fond du c½ur
Quand l'enfant meurt
Partir
S'enfuir
Sentir
Partir
Rimbaud9- Epilogue
On ditOn dit le temps qui passe
Les liens qui se délient
On dit quoiqu'on y fasse
Je m'endors seule cette nuit
On dit pourquoi s'efface
Les images qu'on construit
On dit qui prend ma place
Et après tout tant pis
Y'a rien à dire quand on y pense
Histoire de plus sans importance
A bout de vie, au bout de moi
Un jour ou l'autre, ça passera
C'est juste une infime évidence
De l'autre côté de l'absence
Des souvenirs de fou sans foi
Et ce prénom qui me parle de toi
On dit je veux qu'on sache
Crier le mal que j'ai
On dit mais on se cache
Dans un coin pour pleurer
On dit à quoi bon vivre
Et puis d'autres conneries
On dit mais on s'enivre
D'un parfum dans la nuit
On dit c'est bien fini
On détruit, on désire
On dit puis on oublie
Au détour d'un sourire
On dit ce que l'on dit
Pour ne plus se le dire
On dit tout ce qu'on dit
Et l'on s'en va...
MathildeLes lettres d'AfriqueArthur
Alexandrie, 1878
Chers amis, je suis arrivé ici après une traversée d'une dizaine de jours... Je vous enverrai prochainement des détails et des descriptions d'Alexandrie et de la vie égyptienne. Aujourd'hui, pas le temps. Je vous dis au revoir. Ici il fait chaud comme l'été à Roche.
Aden, le 14 mars 1883
Chers amis, je pars le 18 pour Harar, au compte de la maison. Je compte faire quelques bénéfices au Harar et pouvoir recevoir dans un an des fonds de la Société de Géographie. Bonne chance et bonne santé. Tout à vous,
Harar, le 18 novembre 1890
Ma chère maman, j'ai bien reçu ta lettre du 29 septembre 1890. En parlant de mariage, j'ai toujours voulu dire que j'entendais rester libre de voyager, de vivre à l'étranger et même continuer de vivre en Afrique. Quant au Harar, il n'y a aucun consul, aucune poste, aucune route. Mais enfin, on est libre, et le climat est bon. Telle est la situation. Au revoir.
Vitalie
Roche, 27 mars 1891
Arthur, mon fils, je t'envoie en même temps que cette lettre un petit paquet composé d'un pot de pommade pour graisser les varices, et deux bas élastiques qui ont été faits à Paris. Au revoir, et surtout soigne-toi bien et écris-moi aussitôt le reçu de mon envoi.
Arthur
Aden, le 30 avril 1891
Ma chère maman, j'ai bien reçu vos deux bas et votre lettre, et je les ai reçus dans de tristes circonstances. Voyant toujours augmenter l'enflure de mon genou droit et la douleur dans l'articulation, sans trouver aucun remède, ni aucun avis. Je vous salue de c½ur, quant aux bas ils sont inutiles. Je les revendrai quelque part.
Marseille, le 20 juillet 1891
Je vous écris ceci sous l'influence d'une violente douleur dans l'épaule droite, cela m'empêche presque d'écrire comme vous voyez
Journaliste
Le 18 novembre 1891
Nous avons le triste devoir d'annoncer au monde littéraire la mort d'Arthur Rimbaud. Il a été enterré ces jours derniers à Charleville. Son corps a été ramené de Marseille. Sa mère et sa s½ur suivaient seules le convoi funèbre. Ne m'envoyez pas les Poètes Maudits. Je les ai et je connais Verlaine. Il n'a rien de particulier à dire.
Etre làCa fait drôle d'être là
Dans cette même demeure
A espérer ton pas
A n'entendre qu'un vieux c½ur
Fatigué d'exister
Lassé de battre encore
Faire semblant d'ignorer
L'ironie de son sort
Ca fait drôle mais voilà
On devance pas son heure
C'est bien sur le contrat
Il n'y a pas d'erreur
J'ai pas voulu y croire
Quand on nous l'a appris
Ca semblait un cauch'mar
Mais c'était pas la nuit
Je suis restée à table
Puis j'ai débarrassé
Alors qu'un grain de sable
S'amusait à couler
Personne n'a parlé
Mais on s'était tout dit
Le feu qui s'éteignait
Est mort sans faire de bruit
Mais je voulais quand même
Avant de nous quitter
De brûler tes poèmes
Indignes d'avoir été
Te dire que j'te déteste
Que je n'te pardonne pas
De partir quand je reste
En me fermant tes bras
VitalieSi l'amour suffit à l'amourSi l'amour suffit à l'amour
Nous suivrons chacun son parcours
Malgré les doutes et les détours
Si l'amour suffit à l'amour
Nous invent'rons jour après jour
Les souvenirs de nos vieux jours
Si l'amour suffit à l'amour
Sur ce tableau, tant de visages
Des silhouettes que le temps ternit
Et peu à peu tous les naufrages
De ceux qui se croyaient unis
Bien sûr quand le destin s'en mêle
Il dispose de nous à loisir
Les histoires les plus éternelles
Finissent elles aussi par vieillir
Si l'amour suffit à l'amour
Nous saurons nous jouer des vautours
Qui veulent nous voler notre tour
Si l'amour suffit à l'amour
Nous prendrons le temps à rebours
Pour rester libres, sans recours
Si l'amour suffit à l'amour
L'ivresse de notre jeunesse
Restera gravée dans nos yeux
Et même s'il faut que la vie cesse
Nous l'emporterons jusqu'à Dieu
Nous subirons les aléas
Et les sarcasmes inévitables
Le temps ne nous appartient pas
Nous ne sommes que ses grains de sable
Si l'amour suffit à l'amour
Nous suivrons chacun son parcours
Malgré les doutes et les détours
Si l'amour suffit à l'amour
Nous invent'rons jour après jour
Les souvenirs de nos vieux jours
Nous suivrons chacun son parcours
Si l'amour suffit à l'amour
Nous prendrons le temps à rebours
Si l'amour suffit à l'amour
Nous serons libres, sans recours
Si l'amour suffit à l'amour
Nous invent'rons de nouveaux jours
Si l'amour suffit à l'amour
Tous Les vertiges de l'oubli
Nous éloignent de ces êtres
Aux destins incompris
Mais que l'on croit connaître
On se surprend une nuit
Au clair d'une lune blême
A toucher l'infini
Au détour d'un poème
Et on reprend sa vie
Où on l'avait laissée
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé
Le plateau garde encore
Les souffles de nos âmes
Il transpire de ces corps
Brisés comme une lame
Mais l'ombre d'un jeune homme
Planera chaque soir
Sur ces mots qui résonnent
D'une rencontre en retard
Et on reprend sa vie
Avant de vous quitter
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé
Un instant, devenir voyant
Retrouver son âme d'enfant
Eprouver les blessures du silence
Sentir les tourments des souffrances
Mais si leurs souvenirs survivent
Avant que nos rêves s'abîment
Nous aurons su faire
Ce qu'il fallait faire
Nous aurons su vivre...