Michel Serrault... l'évidence d'un acteur

Je ne pouvais pas ne pas mentionner dans ce blog la disparition d'un acteur tel que Michel Serrault. Tout le monde se souviendra de la magistrale Zaza de La Cage aux Folles. Pourtant, comme de nombreux comédiens prisant la comédie, il était aussi sublime dans des films plus dramatiques. Ainsi en est-til dans Un coeur oublié où il incarne l'auteur Fontenelle avec maestria. Je vous propose de le revoir dans un duo à la fois drôle et émouvant avec son ami Charles Aznavour.
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# Posté le dimanche 09 septembre 2007 06:01

5 septembre... naissance d'un opera pop-rock...

J'ai commencé... Un nouveau spectacle musical vient de naître. Une idée que j'avais eue il y a 5 ans mais à laquelle je n'avais pas donné suite.
La journée n'a pourtant pas été facile, voire très différente de celle prévue. Pourtant, le déclic s'est fait quand même. Je parlais à Marie, la veille, des multiples questions que je me posais face à cette adaptation. Il s'agit, en effet, d'une grande oeuvre de la littérature française. Tout le monde la connaît sans le savoir. C'est d'ailleurs la seule à avoir cette force là.
Finalement, un thème musical que je jouais m'a immédiatement rappeler quelques mots... 5 pour être précis... lol
Je me suis mis à relire le passage de l'oeuvre, j'ai écrit le texte puis mon piano a terminé la mélodie. Une évidence... Toutes mes interrogations ont été balayées en une heure... Je me pose trop de questions.
Le deuxième texte est déjà en cours... Il s'intitule "Que puis-je faire"... Titre qui ne dit pas grand chose volontairement et pourtant dont le propos est le coeur de l'ouvrage, voire de l'auteur.
Je reste donc énigmatique, vous pouvez le voir, plus exactement le lire. Une superstition peut-être. Vous découvrirez de quoi il s'agit bien assez tôt! Evidemment, c'est pour cette raison que je ne donne pas le titre du texte que j'ai écrit en premier...
Voilà...
Il faut bien commencer...
# Posté le mercredi 05 septembre 2007 18:19
Modifié le jeudi 06 septembre 2007 13:57

Frankenstein... le mythe de la création... encore un spectacle avorté!

Après Dracula, je me suis lancé avec passion dans l'ouvrage de Marie Shelley. Je vous en conseille bien sûr la lecture ainsi que la formidable adpatation cinématographique de Kenneth Branagh avec Robert de Niro.
Frankenstein est le nom du docteur qui invente la créature. Cette histoire est simplement celle d'un homme meurtri par la mort prématurée de sa mère, en mettant au monde son jeune frère. Refusant cette disparition, il poursuivra, en parallèle à ses études de médecine, le désir de créer la vie, à l'exemple de Dieu. Tout créateur n'est pas responsable de ses créatures, il en fera l'expérience à ses dépens.
Voici quelques textes que j'avais écrit pour ce spectacle, avant d'apprendre la création à Londres... dans quelques jours maintenant...

Plus jamais

Plus jamais
Plus jamais ça
Le conte que je vivais
A volé en éclats

Plus jamais
D'autres que toi
Je jure sur ce que j'ai
Je serai celui-là

Je défierai l'ordre des choses
Je repousserai les limites
En offrant à la vie une pause
Une éternité interdite

Je serai l'égal de ce dieu
Qui reprend tout ce qu'il nous donne
Comme si tout ça n'était qu'un jeu
Aujourd'hui je n'ai peur de personne

Plus jamais
La mort n'aura
La victoire désormais
Je trouverai la voie

Plus jamais
Si Dieu me voit
Sans le moindre regret
Je renierai ma foi

Ici

Ici chaque jour ne passe
Sans que je pense à toi
A mes bras qui enlacent
Ta chevelure de soie

Ici tout est si calme
Je m'ennuie sans tes mains
Sans tes lèvres qui m'embrassent
En mêlant nos parfums

Un jour, une nuit nous attend
Jusqu'à la nuit des temps

Ici pour fuir les heures
J'étudie sans répit
Les lois du corps, du c½ur
Avec un jeune ami

Ici un mois déjà
Justine joue du piano
Et je valse à une voix
En me rappelant tes mots

Un jour, une nuit nous attend
Jusqu'à la nuit des temps

Respirer les embruns
Sous un ciel plus serein
Pour comprendre le langage
Des étoiles de passage

Se découvrir enfin
Aux lueurs d'un matin
Un peu comme évanoui
A l'aube d'une nouvelle vie

Ici...

Qu'ai-je fait

Qu'ai-je fait
Mon Dieu, qu'ai-je fait
Est-ce votre punition
Pour oser braver votre nom

Qu'ai-je fait
Serai-je jamais
Pardonner pour l'outrage
L'ai-je donc créé à mon image

Il a la force de tous ces hommes
Que j'ai pillés pour l'assembler
Mais c'est un monstre bête et difforme
Que je viens juste d'enfanter

Je n'ai sur lui aucune emprise
Il ne me reste qu'à le tuer
Ma science que je croyais soumise
A libéré un Prométhée

Qu'ai-je fait
Mon Dieu, qu'ai-je fait
Est-ce votre punition
Pour oser braver votre nom

Qu'ai-je fait
Serai-je jamais
Pardonner pour l'outrage
L'ai-je donc créé à mon image

Qu'ai-je fait

A l'autre bout de toi

Sais-tu combien de jours
S'écrivent sans ta présence
Sais-tu que mon amour
Est l'écho du silence
Sais-tu ce qu'est une évidence

Sais-tu le temps qu'il fait
Tout au fond de mon c½ur
Sais-tu que les regrets
Viennent hanter sa demeure
Sais-tu pardonner tes erreurs

A l'autre bout de toi
Perdue comme une enfant
Avec un père absent

A l'autre bout de toi
Je ne sais plus comment
On vit parmi les gens

Ecris-moi simplement

Sais-tu que ton jeune frère
Devient adolescent
Sais-tu comme il est fier
De toi et qu'il t'attend
Sais-tu que tu lui manques vraiment

Sais-tu que la saison
A été plutôt belle
Sens-tu que ma raison
Me joue les infidèles
Sais-tu si je suis encore celle

Une femme comme moi

Tu m'as donné la vie
Pour mieux me rejeter
Aux hommes et leur mépris
Comme un pestiféré

Tu ne m'as rien appris
Pourtant je me souviens
Je parle, je lis aussi
Je ne demande plus rien

Qu'une femme comme moi
Une compagne pour mes bras
Pour fuir loin des régions
Où les hommes viennent et vont

Une femme rien qu'à moi
Juste une flamme quand j'ai froid
C'est mon unique prière
Mon dernier v½u sur terre

Tu n'as même pas idée
De l'amour que je cache
Et que je peux donner
A quelqu'un qui s'attache

Je peux aussi briser
Par la force d'une seule main
Ceux qui osent me défier
Quand je n'demande rien

La mort

Elle me hante, je le sais
Au détour des miroirs
La silhouette effacée
D'une jeune femme en noire

Comme une fugue se décroche
De toute une symphonie
Je la vois qui s'approche
Elle est toute ma vie

Je suis au c½ur des hommes
La mémoire de leur mère
L'ultime épouse d'un somme
Fait entre ciel et terre

Je suis leur existence
Au delà de leurs craintes
Cette éternelle absente
Jusqu'à leur dernière plainte

Je suis si seule
Ceux qui m'en veulent
Ne peuvent pas me comprendre

Qu'on me recueille
Dans un linceul
Où je pourrais m'étendre
Moi qui ne sais faire qu'attendre

Elle m'obsède désormais
A perdre la raison
Je me sens déjà prêt
A rejoindre son nom

Comme tout ce qui se fane
De colère en passion
Quand on baisse les larmes
Je suis le dernier pont
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# Posté le lundi 03 septembre 2007 21:09

Autour de Dracula...

Comme beaucoup, j'ai été inspiré par le Comte, plus d'ailleurs que par le roman Bram Stocker. Mon idée pour ce spectacle musical était de reprendre le mythe et de reconstruire une histoire en y mêlant Entretien avec un vampire. Evidemment, Bruno Pelletier m'a devancé... mais de façon admirable... de fait après avoir lu les quelques textes que j'avais écrits, je vous invite à découvrir un extrait de la comédie musicale de nos confrères du Québec!

Condamné

Je n'appartiens plus désormais
A la race de l'humanité
Il ne reste de ma vie passée
Qu'un souvenir désincarné

Je n'ai plus aucune sensation
Aucun frisson qui me parcourt
J'ai oublié les émotions
Qui font qu'on espère toujours

Je suis le Messie de l'enfer
L'Antéchrist de sa religion
Les ténèbres sont ma seule lumière
Et le mal mon unique passion

Je crache sur Dieu et tous ses anges
Je les défie de m'affronter
Ma vengeance est sans indulgence
Sur tous les êtres qu'ils ont créés

Je suis condamné
A être immortel
A perpétuité

Je suis prisonnier
D'une nuit éternelle
Dans ce corps glacé

Je ne m'en prends qu'aux jeunes âmes
Qui croient encore à l'avenir
En leur offrant ce mélodrame
Le premier rôle dans Mes Martyrs

Je libère toutes mes victimes
D'une vie trop longue à porter
La délivrance n'est pas un crime
Je devrais même être sanctifié

Je suis condamné
A être immortel
A perpétuité

Je suis prisonnier
D'une nuit éternelle
Dans ce corps glacé

Finalement avec le temps
Je rejoue la Cène des apôtres
Pourquoi se ronger tous les sangs
Quand on peut boire celui des autres

Valse macabre

Au comble de l'aurore
Quand vient la douce horreur
Du soleil qui nous mord
On s'endort quelques heures

Dans ces couches de velours
Nos bras posés en croix
Jusqu'à la fin du jour
Sages, on reste à l'étroit

Mais quand l'astre pâlit
Que les forêts ululent
La mort nous rend la vie
Au chant du crépuscule

C'est la valse macabre
Des rapaces nocturnes
Les figures de marbre
S'éveillent à Saturne

Sous la lune légère
Et le voile de la brume
Nous buvons d'outre-terre
A l'existence posthume

Assoiffés par la faim
Errants chez les vivants
On préfère au bon vin
Le sang des innocents

Juste une petite morsure
C'est peu quand on y pense
Sur un cou jeune et pur
Mais quelle sublime jouissance

La terreur qui se lit
Sur les yeux de nos proies
Fait place au sombre cri
De l'extase qui les noie

Al dente

Pour faire un bon repas
Il faut choisir sa chair
Et garder son sang-froid
En cas de crise de nerfs

Préférez les jeunes gens
Homme ou femme peu importe
Ils ont encore le sang
Chaud comme un Don Quichotte

Surgissez de nulle part
Pour les saisir à vif
La terreur est un art
Ne soyez pas naïfs

Ils ont lu Braham Stocker
Nos visites importunes
Sont de vraies best-sellers
Jouez-leur la Clair de Lune
Elle adoucit les m½urs

Al dente mi amor
Sans l'ombre d'un remords
Le tango de la mort
Egrène ses accords

Al dente sans douleur
Les battements du c½ur
S'épuisent comme la chaleur
De leur visage en sueur

Al dente, quel bonheur

Si vous le désirez
Laissez leurs larmes couler
Afin d'assaisonner
Leur peau tendre et rosée

Aiguisez vos canines
Et visez droit au cou
Jusqu'à ce qu'ils déclinent
Et se pâment devant vous

Buvez le doux nectar
De leur corps qui s'étiole
Comme un saule blafard
Jusqu'à gagner le sol

Je te laisse le choix

Comme ta peau est douce
Comme tes lèvres sont pâles
Une frénésie me pousse
A ce baiser létal

Comme tes mains se ferment
Comme ton sourire se glace
Mais faut-il mettre un terme
A ta vie qui s'efface

Je te laisse le choix
Je te fais une faveur
Mourir ou être à moi
D'une infinie douceur

Dieu ne peut rien pour toi
L'au-delà n'est qu'un leurre
Je te laisse le choix
Au seuil d'une dernière heure

Comme ton corps est robuste
Comme tes traits sont fins
Dommage que même les justes
Pourrissent comme les vauriens

Comme tu serais utile
Comme cela t'irait bien
Si tu laissais tes cils
S'ouvrir aux nuits sans fins

L'enfer te tend les bras
Le paradis s'en fout
Es-tu sûr que les anges
Seront au rendez-vous

J'existerai sans toi
Je me tiendrai debout
Quand on t'enterrera
Qu'ils seront à genoux

Je te laisse le choix

(la suite... quand je l'aurai retapée! lol)


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# Posté le lundi 03 septembre 2007 05:58

Rimbaud... tout un spectacle... écrit il y a 5 ans!

Comme beaucoup, je reste fasciné par ce poète qui a bouleversé les codes de la poésie, de la littérature et, finalement, pré-défini le surréalisme. J'ai écrit le livret d'un spectacle, il y a cinq ans, en focalisant mon attention sur les deux années qu'il a partagées avec Verlaine. J'ai évidemment pris le soin de lire et relire leurs oeuvres complètes, de nombreuses biographies et essais, d'assister à diverses conférences. Comme Blanchot et Breton l'ont justement décrit, le silence de Rimbaud après seulement quelques brèves années d'écriture reste énigmatique et ajoute à la qualité de ses oeuvres. Cela dit, sa correspondance dont j'ai tiré quelques brefs extraits garde la même force. Les connaisseurs trouveront, épars, de nombreuses références aux oeuvres, parfois des vers entiers. On ne peut pas parler de génies sans les citer. Toutefois, j'ai préféré ne pas reprendre de poèmes complets car ma démarche biographique ne m'y engageait pas. Je vous le livre.

Les personnages:

Arthur Rimbaud
Paul Verlaine
Vitalie Rimbaud (la mère d'Arthur)
Mathilde Verlaine (la femme de Paul)

1- L'arrivée à Paris septembre 1871

Ouverture


- Je vous remercie, Monsieur Verlaine. C'est un grand honneur de vous avoir rencontré. N'oubliez pas de me renvoyer tous les manuscrits d'Arthur afin que je puisse faire une sélection qui lui survivra. Au revoir.
- Au revoir, Madame (silence) Ah...

Lettre d'Arthur

- Monsieur, je vous admire avec enthousiaste. J'ai lu tous vos vers. Permettez que je vous soumette les miens. J'ai fait le projet de faire un grand poème, et je ne peux travailler à Charleville. Je suis empêché de venir à Paris, étant sans ressources. Ma mère est veuve et extrêmement dévote. Elle ne me donne que dix centimes tous les dimanches pour payer ma chaise à l'église. répondez-moi, je serai moins gênant qu'un Zanetto.



Lettre de Verlaine

- J'ai comme un relent de votre lycanthropie... Vous êtes prodigieusement armé en guerre. Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend

Dehors

Dehors, dehors
Va-t-en, vaurien
T'ancrer de plein gré à leur port
Qu'aucune mère n'attend au loin
Quand tu auras perdu le nord
Tu te rappell'ras mon chagrin

Dehors, dehors
Ne dis plus rien
Va vivre ta vie sans remords
Ne te retourne pas en chemin
Personne ne te donn'ra plus tort
Je te laisse ta vie sans mes mains

Il faut laisser partir la vie
Qu'on a portée
Rompre encore le lien qui unit
Nos destinées
Le vent plie toujours le roseau
Malgré lui
Qui sait où meurent les oiseaux
Qui ont fui

Dehors, dehors
Sans peur, sans-c½ur
Advienne que pourra à ton sort
L'amour n'efface pas les erreurs
Va où te mènent les aurores
Mais sois à l'heure, oui sois à l'heure

Dehors, dehors
Comme un voleur
L'enfant est devenu un homme
Ainsi soit-il, pire ou meilleur
Là-bas le monde n'attend personne
Protège-le, Seigneur, j'ai peur
Veille sur lui, même si j'en meurs
Même si j'en meurs

Vitalie

Je serai un voyant

L'étoile a pleuré rose au c½ur de mes oreilles
L'infini roulé blanc de ma nuque à mes reins
Et comme un nouveau-né, sevré d'un long sommeil
Je cherche mon chemin et l'ivresse d'un parfum

Des images, des couleurs que nul n'a regardé
Se bousculent dans ma tête pour mieux s'élucider
Comme ce bateau ivre qui rêve d'appareiller
J'espère conquérir les rivages indomptés

Je serai un voyant
Déréglant tous mes sens
Avide de sentiments
Jusqu'à leur quintessence

Puisant dans l'inconnu
Une force surhumaine
Les souffrances éperdues
Me rendront criminel

C'est la seule vérité
L'unique chemin de croix
La torture raisonnée
Qui réinvente la foi

Je serai un voyant
Vivant d'éternité
Libre sans faux-semblants
Telle est ma destinée

Je rendrai l'âme infâme
Epuisant les désirs
Jusqu'à trouver la flamme
Jusqu'à mourir d'écrire

Je serai un voyant...

Rimbaud

Paris

Il est étrange et ses manières
Ne sont pas de goût à me plaire
C'est un garçon de la campagne
Tout juste bon à faire scandale

Il y a des règles à Paris
Bientôt il en paiera le prix
Quoiqu'en pense mon cher mari
On n'comprend rien à ses écrits

Paris, Paris
Rêve d'une autre vie
Sur le quai d'une gare

Paris, Paris
Comme un vent de folie
Une envie qui s'égare

Paris, Paris
Avide et sans souci
Ce même désir de gloire

Paris, Paris
Rester à la merci
D'un bien curieux hasard

Paris, Paris...

Paris

Mathilde

Ecrire

C'est comme une entaille
Toujours plus profonde
Mon souffle vital
Qui fuit chaque seconde

C'est comme une faille
Que la mer inonde
Rôdant où que j'aille
Infernale ronde

Et qui creuse ma tombe
Et qui creuse ma tombe

C'est mon sang qui coule
Bien plus noir que l'encre
Les heures qui s'écoulent
Le temps qui me manque

Ecrire
Mais agir quand même
Au-delà du rêve
Comme un chant qu'on sème
Retenir la sève

Ecrire
Comme désabusé
Mais ne rien garder
Des paroles usées
Des souffrances passées

Ecrire
Ecrire

Rimbaud, Verlaine

J'ai vécu

J'ai vécu
Jusqu'aujourd'hui
Travaillant sans relâche
Chaque jour, chaque nuit
J'ai gardé mes attaches
Celles que j'ai apprises
De ma mère, cette femme
Résignée quoiqu'on dise
A rester paysanne

J'ai vécu
Et je vivrai
Car c'est tout mon destin
J'ai payé mes péchés
J'ai tout donné aux miens
Mais c'est sans regretter
Qu'ici je m'emprisonne
Je sais avec fierté
N'rien devoir à personne

J'ai vécu
Toute cette vie
Je me suis mise à sang
Pour cet enfant maudit
Ingrat de tout ce temps
Que j'ai passé pour lui
Avec Dieu pour témoin
Je me suis interdit
De souffrir mon chagrin

Mais je n'attends plus rien

Vitalie

L'homme que j'attendais

Lorsque je l'ai vu
J'étais une enfant
Rêvant d'îles perdues
Du prince charmant

Mais il m'a séduite
Instantanément
Lui, cet homme d'esprit
Au regard si envoûtant

Il m'a appris les mots qui se taisent
Ceux que murmurent les sirènes
A ceux qui se perdent à jamais
Sur les voiles de leur destinée

Il est l'homme que j'attendais

Je n'ai pas besoin
De quelqu'un comme lui
Je sais mon chemin
Celui que j'ai fui

Mais s'il m'est utile
Puisqu'il est connu
Je serai docile
A ses mots sans imprévu

Je serai un génie, un prophète
En réinventant les couleurs
L'audace que n'ont pas les poètes
Qui ont vieilli bien avant l'heure

Il sera l'homme de mon humeur

L'homme...
L'homme...

Mathilde, Rimbaud

Dehors

Dehors, dehors
Sors de chez moi
Tu n'es qu'un petit prétentieux
Pour qui te prends-tu ici-bas
Si tu veux jouer à ce jeu
Nous serons à deux contre toi

Dehors, dehors
Ne reviens plus
Tu n'te serviras pas de Paul
Tu resteras un inconnu
Il n'est pas dupe, je n'suis pas folle
Pars, tu n'es plus le bienvenu

Dehors

Mathilde

Un homme

Un homme, un homme
Voilà en somme
Ce que tu es
Ce que je hais

Un homme, un homme
Qui s'abandonne
Au fil des nuits
De lit en lit
Depuis que tu m'oublies

Je te cherche
Au détour de ces rues
Où la lune ne va plus

Et tu serres
Dans tes bras éperdus
Son corps d'ange déchu
Je ne sais plus

Un homme, un homme
Qu'on te pardonne
Faible et si veule
Un homme si seul

Un homme, un homme
Simple personne
Des sentiments
Rien d'important
Une poussière d'océan

Et la haine
Qui croise notre histoire
Que nous croyions prévoir

Et la gêne
Que j'ai lu en miroir
A travers ton regard
Tu pars, ce soir

Une femme, une femme
Banale en somme
Qui dit je t'aime
Mais qui en crève
Une femme qui rêve d'une trêve

Mathilde, Vitalie

Trahi

Mathilde, je suis rentré
Où est notre invité
J'ai une nouvelle pour lui
Trop tard, il est parti

Mais je ne comprends pas
Quelle est cette plaisanterie
Il se servait de toi
Je l'ai chassé d'ici

Qu'as-tu fait pauvre folle
Il ne connaît personne
Il est bien plus sournois
Que tu ne crois
Tais-toi

Trahi, trompé
Dans ma propre demeure
Par la femme qui porte mon nom
Mais, Paul...
Trahi, touché
Comme une balle en plein c½ur
Prisonnier d'une vie sans raison

J'ai fait ce choix au nom de nous
Il nous aurait tous rendus fous
Je sens la noirceur de son âme
Tu ne comprends rien pauvre femme

Trahi, trompé
(Dans ma propre demeure)
J'ai fait ce choix au nom de nous
Trahi, touché
(Comme une balle en plein c½ur)
Il nous aurait tous rendus fous

Tu es bien comme les autres
Personne ne t'intéresse
Quand tu croises un apôtre
Jamais tu ne te baisses

Tu es bien comme les autres
Eh bien reste comme ça
A expier tes fautes
Mais continue sans moi

Verlaine, Mathilde

Si tu savais

Dépasser tes limites
Et devenir un mythe
Un païen qu'on adore

Inventer ton décor
Atteindre les aurores
Vouloir toujours plus vite

Marcher dans la poussière
Du sable de lumière
Et te plaindre à la lune

Au gré de la fortune
Ton passé en rancune
Et découvrir la mer

Si tu savais
Où s'en vont les éclipses
Tu les suivrais
En prenant tous les risques

Si tu savais
Où l'avenir s'éveille
Tu t'y noierais
A en perdre sommeil

Si tu savais
Où meurent les aventures
Tu écrirais
Tes dernières blessures

Tes dernières blessures

Si tu savais
L'ombre de mon amour
Tu me fuierais
De peur d'aimer un jour

Vitalie

2- Retour forcé à Charleville- Première séparation mars / avril 1872


Ce ne sera pas bien long

Ce ne sera pas bien long
Quelques jours, quelques semaines
Bientôt, nous nous reverrons
Je ne te laisse pas sans peine

Car ce sont eux qui me forcent
On est faible quand on est seul
Ils me parlent de divorce
Je dois faire ce qu'ils veulent

Mais quand tout sera calmé
Je te sauverai de l'exil
Dans l'attente de cette journée
Repose-toi chez ta famille

N'aie crainte ma chère Mathilde
Je reviens enfin vers toi
Oublie tous ces jours pénibles
Je t'aime encore, crois-moi

Verlaine

Chassé

Chassé
Exilé

Comme un malpropre
Un moins que rien
Mis à la porte
Presqu'assassin

Jeté
Congédié

Sans préavis
La gorge serrée
Je suis parti
Les poches crevées

Chassé

A quoi t'attendais-tu
En débarquant là-bas
Sans avoir prévenu
Que l'on t'ouvre les bras

Anonyme, inconnu
Devant le Tout-Paris
On ne t'attendait pas
Comme un nouveau Messie

Assez
De pleurer

Comme un enfant
Trop égoïste
Il faut du temps
Pour devenir artiste

Rimbaud, Vitalie

Dans ma chair

Dans ma chair, dans mes bras
Ce tout petit bout d'homme
Que je n'attendais pas

Je me serre contre toi
Aussi grand que trois pommes
Mais le meilleur de moi

J'ai déjà
Tant de choses à te dire
Tu verras
Nous deux, c'est pas pour rire

Jusque là
J'étais sans avenir
Mais pour toi
Je saurai reconstruire

Toute ma vie
Pour l'un de tes sourires

Verlaine

A genoux

Mais qu'est-ce que je t'ai fait
Pour que tu m'abandonnes
Moi qui ne demandais
Que vivre avec mon homme

Mais qu'est-ce qui te prend
A t'en aller au diable
Où sont les sentiments
Toujours inépuisables

Dis qu'est-ce qui nous arrive
Nous étions si heureux
Que nous aurions su vivre
Jusqu'à devenir vieux

Je me traîne à genoux
Jusqu'à me rendre folle
Je me soûle de dégoût
Mais rien ne me console

Je me consume debout
Et ma raison s'envole
Je te hais malgré tout
D'aimer...

Mais qu'est-ce que je te dis
Rien n'est perdu d'avance
Reste, je t'en supplie
Oublie mes insolences

Je te donn'rai mon corps
Et ma bouche, et mon âme
Sevré de tous remords
Redécouvrant la femme

Celle que tu as choisie
Et qui n'attend que toi
Pour inspirer les cris
De nos nuits à mi-voix

Je me traîne à genoux
Jusqu'à me rendre folle
Je me soûle de dégoût
Mais rien ne me console

Je me consume debout
Et ma raison s'envole
Je te hais malgré tout
D'aimer... cet homme.

Mathilde

Mon fils

Mon fils, mon fils
Ma fierté, ma souffrance
Souvenir de passage
D'une nuit sans silence

Mon fils, mon fils
Mon passé, ma conscience
Sacrifice d'usage
D'une femme pour un ange

Mon fils, mon fils
Mon souffle, mon sursis
Mon intime espérance
La lumière de mes nuits

Mon fils, mon fils
Oh ma chair, ma survie
Dans ce monde sans confiance
C'est un cadeau sans prix

Mon fils

Vitalie

De l'un à l'autre

De l'un à l'autre
Juste un détour
Sur les contours
D'un même corps

De l'un à l'autre
Une même étreinte
De tendres plaintes
Frissonnent encore

Pourquoi choisir
Une seule personne
Quand mes désirs
Eux, s'abandonnent

A deux plaisirs
Si différents
Pourquoi choisir
Ses sentiments

De petite mort
En long soupirs
Je perds le nord
Et j'aime le pire

Adolescent
Ou femme-enfant
Le même et l'autre
En même temps

Verlaine

Tes maux me manquent

Tes maux me manquent, je n'en peux plus
Ma plume flanche, je n'écris plus
Plus que des verbes sans sujet
Sans toi ma vie n'a plus d'objet

Tes maux me manquent et puis surtout
Ta nonchalance me rend jaloux
Mais dans quels bras te donnes-tu
Je crois t'aimer à ton insu

J'entends ta voix au lointain
Mais quelle voie suit ton destin
Vas-tu me dire ces mots de trop
Ceux que je crains
Quand je t'étreins
Aux murmures de ta peau

Tes maux me manquent, je deviens fou
Si l'on pouvait balayer tout
Ces spectres qui se jouent de nous
Ne sauraient plus tenir debout

Tes maux me manquent, même ceux qui blessent
Et mon orgueil et ma détresse
Comme tes rires à tomber les murs
Apaisent les ratures de l'usure

Tes maux me manquent...
Tu me manques

Verlaine, Rimbaud, Vitalie, Mathilde

3- Retrouvailles à Paris mai / juin 1872

Les poètes maudits

Eclabousser les sentiments
Leur redonner le goût du sang
Celui que le c½ur oubliait
Quand la ranc½ur le dévorait

Arracher aux anciens amants
Tous leurs espoirs d'amour naissant
Retrouver son identité
Dans un monde à réinventer

Maudits
Nous s'rons des poètes maudits
Par cette vie qui nous ronge d'ennui
Et nous détruit par ses non-dits

Maudits
Nous s'rons des êtres maudits
D'avoir voulu plus que l'envie
D'avoir vécu mille autres vies

Blasphémer tous les préjugés
Ceux qui gangrènent la société
Bâtir ensemble de quoi tenir
Un asile au pont des soupirs

Délier les âmes dans l'alcool
Cracher sur elles comme des idoles
Quand les paroles cherchent à séduire
Fuir tous ces gestes sans mot dire

Maudits
Nous s'rons des poètes maudits
Par cette vie qui nous ronge d'ennui
Et nous détruit par ses non-dits

Maudits
Nous s'rons des êtres maudits
D'avoir voulu plus que l'envie
D'avoir vécu mille autres vies

Maudits

Verlaine, Rimbaud

J'ai vieilli

J'ai vieilli brusquement
Quitté ma chrysalide
En jetant au néant
Mes rires de petite fille

J'ai vieilli brusquement
Sous les coups de tes mains
Qui violaient cet enfant
Qui ne demandait rien

J'ai vieilli, je le sens
Mais je n'suis pas coupable
Pourquoi cette violence
Suis-je si haïssable

Plus rien n'est comme avant
Quelque chose s'est éteint
Il est là cependant
Il a suffi de rien

Rimbaud, Rimbaud
Toute ma détresse tient en un mot
Qui tourne court et sonne faux

Rimbaud, Rimbaud
Je te maudis de toutes mes larmes
Je me battrai avec mes armes
Je suis sa femme

Mathilde

5- Bruxelles juillet / août 1872

Bleu

- (Rimbaud) Elle est retrouvée
- (Verlaine) Quoi ?

Bleu, infiniment bleu
Le ciel et la mer ne font qu'un
Condamnés et liés sans fin
A peindre dans l'immensité
La toile de l'éternité

Bleu, intensément bleu
Et pas même la nuit ni l'espace
Ne troubleront l'esquisse sans trace
Qui mène toutes les passions
Aux confins de son horizon

Bleu, éternellement bleu
Et le silence pour seul aveu
Quand l'existence livre son jeu
L'orgueil des hommes n'a pas de sens
La vie retrouve son essence

Bleu, infiniment bleu
Le ciel et la mer ne font qu'un
Condamnés et liés sans fin
A peindre dans l'immensité
La toile de l'éternité

- (Rimbaud) Elle est retrouvée
- (Verlaine) Quoi ?
- (Rimbaud) L'éternité. C'est la mer allée avec le soleil.

Rimbaud, Verlaine

Corps à corps

Explorer la violence
Confins de la passion
Le mélange des sens
Devient une obsession

Corps à corps, face à face

Ta peur contre ma peau
S'immisce en mon ego
Ton émotion m'intime
Une sensation sublime

Corps à corps, face à face
Un accord qui nous glace
Sans tricher, sans mentir
Nos regards qui s'attirent

Et nos corps au ressac
Est-ce un sort ou le trac
Cette ivresse sans alcool
Dans cette scène sans paroles

Respirer ton odeur
S'en inspirer sans fin
Cette tendre chaleur
Quand ta main me retient

Corps à corps, face à face

Verlaine, Rimbaud

Verlaine

Verlaine
Combien de mois, combien de peines
De cris d'amour en cris de haine
Combien de regards silencieux
Quand tes égards visaient les cieux

Verlaine
J'aimerais que tu te souviennes
Des jours de tes premiers poèmes
De nos rendez-vous tous les deux
Des nuits où nous étions heureux

Verlaine
Malgré tous ces mots que je saigne
A fleur de peau, comme l'on sème
Des idéaux sous les drapeaux
Pour apaiser le poids des maux

Verlaine
Je voudrais tant que tu m'apprennes
Ta langue et celle de tes bohèmes
La vertu des corps éperdus
Qu'on croyait à jamais perdus

Verlaine
Si l'encre manque à mes fontaines
Pour te dire au clair des persiennes
Les sanglots longs de ces violons
Où s'abandonne ma passion

Verlaine
Cette fièvre qui nous entraîne
Aux frontières d'une raison païenne
Scelle nos vies plus que l'hymen
De celle à qui ton sang t'enchaîne

Verlaine
Ton nom qui sonne comme une rengaine
Vient se plaindre au creux de la mienne
Et inventer une mélodie
Qui m'aliène petit à petit

Verlaine
C'est plus que l'histoire de Chimène
Les chimères, l'appel des sirènes
C'est l'éternité peu à peu
Qui brûle ses larmes de feu

Verlaine
Verlaine
Verlaine

Mathilde, Rimbaud

Enlace-moi

Enlace-moi, envahis-moi, emmène-moi
Sur ta couche
Enamour-moi, enfante-moi, embrasse-moi
Sur la bouche

Je veux sentir nos corps
Se lier sans remords
S'unir dans un parfait accord

Etonne-moi, effleure-moi, effeuille-moi
En douceur
Ressource-moi, égare-toi, ne t'excuse-pas
N'aie pas peur

Je veux te voir frémir
De désir en soupir
T'enfuir et t'enfouir en moi

Déshabille-moi, de haut en bas, déshabille-toi
A genoux
Caresse-moi, câline-moi, capture-moi
Comme un fou

Tes reins se cambrent, tu te fais tendre, je dois me rendre
Au constat
Sans plus attendre, sans rien comprendre, brûle la cendre
Notre ébat
N'en finira pas

Mathilde

S'il fallait

S'il fallait faire le tour
Et refaire chaque geste
Je ferai chaque jour
De ton corps ma faiblesse

Je saurai te surprendre
Comme un nouvel amant
Quand tu te fais attendre
Irrésistiblement

S'il fallait inventer
Pour te redécouvrir
Les paroles, les pensées
Que d'autres ont su te dire

Je saurai me pencher
Au creux de ton épaule
Et te faire oublier
Celles qui ont eu mon rôle

S'il fallait s'égarer
Sur des voies de traverses
Peu à peu dispersés
Par ces gens qu'on déteste

Je saurai faire de nous
Mon plus beau souvenir
Et garder malgré tout
L'espoir d'un avenir

S'il fallait en finir

Verlaine, Mathilde

Echec et mat

Tu rôdes encore comme un vautour
Dis entre nous es-tu jaloux
Il s'est lassé, j'ai joué mon tour
La reine revient, échec au fou

Ton assurance manque de méfiance
La partie n'est pas terminée
Prends garde un peu à ta défense
A qui perd gagne, je suis premier

Il t'a déjà quitté pour moi
Eh bien tu changeras d'avis
Il repart demain avec moi
Vos chemins se séparent ici

Je le connais mieux que moi-même
Et j'imagine ce qu'il t'a dit
Quand il était en toi : « je t'aime
Tu m'as manqué, c'est bien fini »

Mais tu hésites brusquement
Aurais-tu peur de te tromper
Même en rampant comme un serpent
Il n'aurait plus aucune pitié

Ne me tente pas, tu t'y perdras
Pardon mais il faut que je parte
Adieu, au r'voir je ne crois pas
La reine s'en va, échec et mat

Mathilde, Rimbaud

Monsieur

Monsieur, vous lirez dans cette lettre
Toute l'impudeur qui l'a fait naître
Ce vertige qui s'empare du c½ur
Quand il s'égare à l'extérieur

Monsieur, je ne vous demande rien
Mais toute ma vie est dans vos mains
Malgré le respect au poète
Il faut bien que je sois honnête

Il y a des rumeurs de Paris
Qui viennent se perdre jusqu'ici
Dites-moi pourquoi ces calomnies
Qu'ai je fait de mal ou vous de lui

Même si je n'suis qu'une paysanne
Je suis sa mère de toute mon âme
Je ne laisserai jamais son nom
S'égarer dans ces déraisons

Monsieur, il me faut vous quitter
Vous êtes père, vous comprendrez
Faites qu'il revienne à la maison
Recevez mes salutations

Vitalie

Lente agonie

Tu me tortures, tu me tourmentes
Je me soumets et tu inventes
Lors des prémices qui te trahissent
D'autres supplices ou d'autres vices

Lente agonie où je survis
Au gré de tes envies
Etre victime de crimes intimes
Tu me fascines et je m'incline

Tu me supplies mais tu te plies
A mes folies, à mes délits
Pulsions intenses quand mes outrances
Te font violence sans indulgence

Lente agonie où tu survis
Au gré de mes envies
Etre victime de crimes intimes
Je te fascine et tu t'inclines

Comme un volcan qui se réveille
Je me révèle à ces délices
Son corps m'obsède même en sommeil
Quand sa peau cède à mes caprices

Je crève de lui, je meurs sous lui
Dans ces vapeurs d'alcool
C'est Satan et Dieu qui me violent
Leur vierge folle qui me console

Comme une drogue qui m'attise
Mes sens soudain se paralysent
Mon c½ur se fige, mes reins se cambrent
Je me soumets à ses tourmentes

Lente agonie où l'on survit
Au gré de nos envies
Etre victime de crimes intimes
Qui nous fascinent quand on décline

Verlaine

Avant

Avant
Les muses se penchaient sur moi
Avant
Leurs souffles prolongeaient mes doigts
Avant
J'étais aimé ou respecté
Avant
J'avais des rêves d'éternité

Mais tout bascule
Soudain
Quand s'inoculent
Ses mains
Comme un poison
Venin
Qui me répond
Sans fin

Viens, viens
Plus rien ne me retient
Embué par l'alcool
Esclave de ses paroles
Viens, viens
Caresse-moi comme un chien
Nos peaux livrées se collent
Il m'embrasse, il me viole

Viens, viens
Je crève de ce refrain
Je m'abîme dans l'intime
Je prends plaisir au crime
Viens, viens
Je suis là, je suis loin
Je ne suis qu'une épave
Je me soumets, je bave

Tant pis pour la postérité
Si mes poèmes doivent en mourir
J'aurai vécu d'avoir aimé
Dans l'ombre de ses souvenirs

Viens, viens...

Avant
Les muses se penchaient sur moi
Avant
Leurs souffles prolongeaient mes doigts
Avant
J'étais aimé ou respecté
Avant
Je ne savais pas qui j'étais

Verlaine

Je le hais

Je le hais, je le hais
Mes cris se perdent dans ce puits
Où ma douleur lui survit
J'ai payé plus que le prix

Je le hais, je le hais
D'avoir pillé toutes ces nuits
Où s'enlacent les interdits
J'ai tant usé mes folies
Pour lui

Je le hais, je le hais
Il m'a pris ce sang qui saigne
Dans mon c½ur et dans mes veines
Il m'a volé mon soleil

Je le hais, je le hais
Je suis l'ombre de moi-même
Depuis peu à peu s'éteignent
Les lueurs qu'un c½ur mortel
Blasphème

Que dire encore, que faire sans lui
Tous les remords me soufflent un « si »
S'il revenait, redevenait
L'homme qu'il n'aurait pas dû quitter

Plus jamais
Non, non, non, non
Non plus jamais, je haïrais
Mais

Je le hais, je le hais
De toute mon âme et ma peau
De lui livré mot à maux
La douleur de mes sanglots

Je le hais, je le hais
Et c'est ma vie qui chavire
Sans le meilleur, pour le pire
Quand je vois nos souvenirs
Mourir

Verlaine
Verlaine

Mathilde, Vitalie

6- L'aventure londonienne septembre 1872 / juillet 1873

Une saison en enfer

Sur les vitres les gouttes s'emmêlent
Comme un collier qui se déchire
Analogie d'une vie humaine
Où l'on détruit ce qu'on désire

Assis des heures, j'attends en vain
Que le destin me fasse un signe
Et qu'il s'empare de ma main
Pour la guider vers d'autres lignes

Soudain tout s'accélère
Mes idées prennent l'air
Dans ces odeurs d'éther
Je suis à découvert

Un homme solitaire
Qui rêve de lumière
D'un monde imaginaire
Dans la vie ordinaire

Oh pourtant je me perds
Et tout tourne à l'envers
Quand tout est à refaire
Comme les mots éphémères

D'une saison en enfer
D'une saison en enfer
D'une saison en enfer
En enfer

Rimbaud

Un dernier cri

Il faut avoir eu mal
Brûlé plus qu'en enfer
Pour réduire notre histoire
A un tas de poussière

Il faut avoir souffert
Payer plus que le prix
Pour laisser la colère
Détruire toute sa vie

Cette lettre n'est pas un jeu
Une ultime tentative
Il n'y aura plus nous deux
Aucune alternative

Tu m'as jeté aux loups
Traîné dans tes scandales
Affamé d'amour fou
Ma candeur virginale

Je ne te laiss'rai rien
Pas même un souvenir
Je donnerai aux chiens
Tes promesses d'avenir

Sache que les sentiments
Sont tout aussi mortels
Qu'ils restent intransigeants
Aux sirènes qui appellent

Tu m'as pris mon enfance
J'ai arraché la tienne
Une nuit sans importance
Où tu disais je t'aime

Je suis enfin sereine
Et je pars sans dilemme
Adieu à toutes nos scènes
Je n'dirai plus jamais...

(Verlaine) je t'aime

Mathilde

La seule personne

J'en ai écrit des mots
Et des rimes stupides
Me faisant le héros
De tes rêves d'argile

J'en ai écrit des lettres
Sans pudeur, sans ambages
Pour sortir de ma tête
La force d'être sage

A caresser le vide
Du bout des doigts
On finit par ne vivre
Que pour soi

Je ne sais pas vivre avec toi
Je ne peux pas vivre sans toi
Et je dérive malgré moi
Et je t'admire au fond de moi

Dans le gouffre d'une île
Où tu ne m'attends pas
Dans le souffre d'une ville
Où tu ne m'entends pas

On ne se disait rien
Etait-ce si important
Je rêvais de tes mains
Toi d'un frère de sang

J'en ai fait des promesses
Les as-tu écoutées
Faudra-t-il qu'on se laisse
Qu'on se lasse d'aimer

A caresser le vide
Du bout des doigts
On finit par ne vivre
Que pour soi

A caresser le vide
Du bout des doigts
On finit par le faire
Autour de soi

Toi qui as toujours été
La seule personne que j'attendais

Verlaine

Pathétique

Ridicule
Affligeant
Pathétique

Tu titubes
Exultant
Ta supplique

Un ivrogne
Excédant
Tous les risques

Pauvre Paul
En serments
Tu t'appliques

Mais tu es
Si pathétique

Arrête

Si pathétique

Non, arrête

Si pathétique
Ah, ah, ah...

Non

Ah

Paul , Paul, Paul...

Rimbaud

Reviens

Non, ce n'est pas l'encre qui coule
Malgré la pluie au quotidien
Tout juste mes larmes qui roulent
Des nuits entières jusqu'au matin

Je ne cherche plus à te mentir
Dissimuler les sentiments
Désormais, j'ose te le dire
Je t'attends indéfiniment

Reviens, reviens
Cher ami, seul ami
Reviens
Je te jure ce que tu voudras
Mais s'il te plaît reviens vers moi

Ne m'oublie pas où que tu sois
Là où tes pas me privent de toi
Moi, je t'ai et t'aurai toujours là

Bien sûr c'est moi qui ai eu tort
Les regrets sont inexprimables
Quand je t'ai vu partir du port
J'ai crié, hurlé l'inavouable

Nous en avons vécu des vies
Presque deux ans, t'en rends-tu compte
Je t'ai ému, tu m'as surpris
Comme à notre première rencontre

Dis-moi où et quand te trouver
Les aurores n'en finissent pas
Réponds à ton abandonné
Dans cet endroit je meurs de toi

Rimbaud

7- Le drame de Bruxelles 10 juillet 1873

D'une année à l'autre

D'une année à l'autre
Presque jour pour jour
Dans le même décor
Eternel retour

Que reste-t-il d'autre
De ce corps à corps
Sinon des c½urs sourds
Qui se désaccordent

Lassés par les mots
Fanés par le temps
Même les plus beaux duos
Vibrent à contretemps

Rien ne dure vraiment
Rien ne dure vraiment
Les étoiles un jour
Meurent d'éternité
Quelque part un ange
Vient de passer

Deux êtres s'égarent
Au bout du miroir
Comme ces fins d'histoire
Où il est trop tard

Que peuvent-ils y faire
Que doit-on en dire
Ceux qui s'indiffèrent
Pourront en sourire

Savoir se quitter
C'est aussi en soi
Continuer d'aimer
Sans mentir parfois

Le temps s'est arrêté

Vitalie

Reste encore

Ironie de l'histoire
Nous voilà de retour
A ce point de départ
Des promesses de toujours

Le destin nous fait signe
Ne le décevons plus
Et montrons nous plus dignes
De ce qu'on a vécu

Mais tu n'as rien compris
Laisse les souvenirs
A la vie, à l'oubli
Ou se perdre ou mourir

Nous avons eu notre heure
Le temps s'est écoulé
Ne faisons plus d'erreur
Quittons-nous sans regret

Reste encore
Encore un peu
Jusqu'à ce que l'aurore
Nous délie peu à peu

Reste encore
Donne-moi tes mains
Retrouvons cet accord
Dans nos corps incertains

Pauvre Paul
Tu ne changes pas
Les excuses et l'alcool
Tu ne sais faire que ça

Tu es veule
Sentimental
Tu as peur d'être seul
Et tu fais un scandale

Non, cette fois
Tu vas te taire
J'ai pris pour toi et moi
Deux billets en première

Tu sais bien
Tu n'os'ras pas
...
Pour toi... Pour...

Verlaine Rimbaud

Rien à dire

Rien à dire
Non, je n'ai rien à dire
Je n'sais pas c'qui m'arrive
Pourquoi mon corps dérive

Rien à dire
Non, je n'ai rien à dire
Je ne lui en veux pas
Tout est à cause de moi

Rien à dire
Non, je n'ai rien à dire
J'ai souffert si longtemps
Je l'oublie à présent

Rien à dire
Le meilleur comme le pire
S'invite à l'improviste
Et allonge la liste

Sans rien dire
Comme des statues de cire
Qui fixent le passé
Par crainte de l'oublier

Ne rien dire
Juste un fil qu'on étire
La mémoire qui se brise
D'un rêve qui s'éternise

Sans rien dire

Verlaine, Rimbaud, Mathilde, Vitalie

8- la séparation forcée

Météore

Il pleut doucement sur la ville
Endormie par la lassitude
Mêlant à l'ombre de mes cils
Les larmes d'une solitude

Et la lune reflète son image
Sur l'étang calme de mon enfance
Ignorant tout de tous ces drames
Où dérive notre existence

Météore
Si ma vie n'est qu'un météore
Une dernière danse dans ce décor
Une illusion avant la mort
Météore
Je veux connaître l'écheveau d'or
Qui tisse les fils de notre sort
Je veux mourir et vivre encore
Comme un météore

J'ai pleuré du sang de l'ennui
Versé, épuisé mes regards
Du même désert à la même nuit
J'ai cru que l'on pouvait y croire

Toujours ces éternelles figures
Qui hantent et pillent mon esprit
Et maintenant cette blessure
Je manque, je meurs, je crève de lui

Rimbaud

Les amants

Nous n'aurons été que des amants ordinaires
Aux yeux de tous ceux qui formaient notre univers
Une étincelle humide
Etouffée dans sa chrysalide

Nous n'aurons été que des amants éphémères
Aux jeux des miroirs, meurtris par nos propres guerres
Emportés en chemin
Les marionnettes du destin

Mais si nos souvenirs survivent
Avant que nos rêves s'abîment
Nous aurons su faire
Ce qu'il fallait faire

Nous n'aurons été que des amants solitaires
A vivre pour soi, sans regarder en arrière
Comme une lueur d'espoir
Qui vacille, décline et s'enterre

Nous n'aurons été que des amants de la Terre
Fiers et dérisoires, heureux sans en avoir l'air
Une histoire d'un soir
Avant d'éteindre la lumière

Mais si nos souvenirs survivent
Avant que nos rêves s'abîment
Nous aurons su faire
Ce qu'il fallait faire

Mais si nos souvenirs survivent
Avant que nos rêves s'abîment
Nous aurons su faire
Ce qu'il fallait faire
Nous aurons su vivre

Rimbaud, Verlaine


Je te demande pardon

J'ai passé toute ma vie
A vouloir t'éviter
En étouffant ce cri
Qu'en moi tu murmurais

J'ai cherché toutes les nuits
La force d'exister
Malgré cette folie
Qui toujours me hantait

Mais je gardais
Dans ma prison
Ce don secret
Mon évasion

Et je savais
Au plus profond
Qu'un jour viendrait
Même sans raison

Je te demande pardon

J'ai défié tous tes saints
A force de me glisser
Sous le joug de ses reins
Comme pour me faire payer

J'ai croisé ton chemin
Sans m'y être arrêté
Inscrivant de mes mains
Mon autre vérité

Notre Père qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne

Toi qui es au-dessus de tout
Devant qui l'on tombe à genoux
Quand tout l'monde me prend pour un fou
Dis-moi pourquoi je reste debout

Toi que je haïssais par c½ur
Sans attendre je-ne-sais quelle faveur
Sans comprendre quelle est mon erreur
Dis-moi pourquoi je n'ai pas peur

Le temps, ici, n'est qu'une image
Que les visages ont mis en cage
Et qui dérobe à son passage
La liberté comme un outrage

Verlaine

Le retour

Ne pose pas ces yeux sur moi
Ceux qui implorent une faiblesse
Je suis déjà à bout de foi
Chaque jour s'ajoute à ma détresse

J'ai toujours fui sans hésiter
Pour rester libre quoiqu'il advienne
Si certains soirs j'ai regretté
J'ai préféré enfouir mes peines

Dans cette maison trop vide
Je n'sais plus à qui parler
Tu m'infliges un lent suicide
Qu'ai-je fait pour mériter
Ma destinée

Toutes ces nuits à te mentir
A garder ce lourd secret
Le pire est de trahir
Je n'sais plus ce qui m'arrive
Ce que j'ai fait

A la pensée du désir
Je me torture, j'imagine
Ton corps d'enfant qui s'étire
Et j'ai mal à en mourir
A en mourir

Je revois toutes les nuits
Ces images qui me hantent
Et je cours jusqu'à ton lit
Mais la chambre reste absente
Et tu me manques

Mère, je voudrais que tu saches que...
Non je n'veux rien savoir, le repas est prêt, lave-toi les mains et viens dîner

Vitalie, Rimbaud

Ma vie

Comment os'rai-je te dire
Que je n'suis rien sans lui
Sans voler ton sourire

Qui me rappelle chaque jour
Qu'il t'a donné la vie
Quand la sienne en retour

S'égarait loin d'ici
S'enivrant de son corps
Malgré les interdits

Pourtant quand je m'endors
Est-ce un crime si j'oublie
La raison de mon sort

Ma vie, ma vie, c'est un mauvais rêve
Faudra-t-il pourtant que j'en crève

Même quand je serre contre ma chair
Ce c½ur fragile relié au mien
Je sens la tendresse de ton père
Qui m'étreignait tous les matins

Ma vie se consume comme un rien

Tes yeux brillent insouciants
De ces mots qui te bercent
Stupides à sang pour sang

Miroir de ma détresse
Qui glisse fébrilement
Après que nos jeux cessent

Vers tes lèvres d'enfant
Qui rient de ma folie
Et me laissent en suspens

Au-dessus de ce lit
Où enfin je comprends
Ce qui retient ma vie

Ma vie, ma vie, c'est un mauvais rêve
Faudra-t-il pourtant que j'en crève

Même quand je serre contre ma chair
Ce c½ur fragile relié au mien
Je sens la tendresse de ton père
Qui m'étreignait tous les matins

Ma vie se consume comme un rien
Ma vie se résume à tes mains

Mathilde

Partir

Partir
La rejoindre
Quitter cette terre qui a vieilli
Redécouvrir celle qui a mis
Au monde la vie

S'enfuir
Pour l'atteindre
Voler, voguer au firmament
Là où le vent déroule le temps
Dévoile son chant

Sentir
Et l'étreindre
Libéré de tous les tourments
La chaleur du sable émouvant
Sensuel amant

Au rythme des saisons
Comme un hymne à ton nom
Quand l'écho du silence
Est le seul qui résonne

Le désert comme un feu
Consume l'air peu à peu
Plus rien n'a d'importance
Plus personne ne s'étonne

Traduire
Sans enfreindre
L'inouï secret des millénaires
Qui dérobe aux hommes les hivers
Vivre l'enfer

Ecrire
Pour dépeindre
La douleur de la femme qui pleure
Son impuissance du fond du c½ur
Quand l'enfant meurt

Partir
S'enfuir
Sentir
Partir

Rimbaud

9- Epilogue

On dit

On dit le temps qui passe
Les liens qui se délient
On dit quoiqu'on y fasse
Je m'endors seule cette nuit

On dit pourquoi s'efface
Les images qu'on construit
On dit qui prend ma place
Et après tout tant pis

Y'a rien à dire quand on y pense
Histoire de plus sans importance
A bout de vie, au bout de moi
Un jour ou l'autre, ça passera

C'est juste une infime évidence
De l'autre côté de l'absence
Des souvenirs de fou sans foi
Et ce prénom qui me parle de toi

On dit je veux qu'on sache
Crier le mal que j'ai
On dit mais on se cache
Dans un coin pour pleurer

On dit à quoi bon vivre
Et puis d'autres conneries
On dit mais on s'enivre
D'un parfum dans la nuit

On dit c'est bien fini
On détruit, on désire
On dit puis on oublie
Au détour d'un sourire

On dit ce que l'on dit
Pour ne plus se le dire
On dit tout ce qu'on dit
Et l'on s'en va...

Mathilde

Les lettres d'Afrique

Arthur
Alexandrie, 1878
Chers amis, je suis arrivé ici après une traversée d'une dizaine de jours... Je vous enverrai prochainement des détails et des descriptions d'Alexandrie et de la vie égyptienne. Aujourd'hui, pas le temps. Je vous dis au revoir. Ici il fait chaud comme l'été à Roche.

Aden, le 14 mars 1883
Chers amis, je pars le 18 pour Harar, au compte de la maison. Je compte faire quelques bénéfices au Harar et pouvoir recevoir dans un an des fonds de la Société de Géographie. Bonne chance et bonne santé. Tout à vous,

Harar, le 18 novembre 1890
Ma chère maman, j'ai bien reçu ta lettre du 29 septembre 1890. En parlant de mariage, j'ai toujours voulu dire que j'entendais rester libre de voyager, de vivre à l'étranger et même continuer de vivre en Afrique. Quant au Harar, il n'y a aucun consul, aucune poste, aucune route. Mais enfin, on est libre, et le climat est bon. Telle est la situation. Au revoir.

Vitalie
Roche, 27 mars 1891
Arthur, mon fils, je t'envoie en même temps que cette lettre un petit paquet composé d'un pot de pommade pour graisser les varices, et deux bas élastiques qui ont été faits à Paris. Au revoir, et surtout soigne-toi bien et écris-moi aussitôt le reçu de mon envoi.

Arthur
Aden, le 30 avril 1891
Ma chère maman, j'ai bien reçu vos deux bas et votre lettre, et je les ai reçus dans de tristes circonstances. Voyant toujours augmenter l'enflure de mon genou droit et la douleur dans l'articulation, sans trouver aucun remède, ni aucun avis. Je vous salue de c½ur, quant aux bas ils sont inutiles. Je les revendrai quelque part.

Marseille, le 20 juillet 1891
Je vous écris ceci sous l'influence d'une violente douleur dans l'épaule droite, cela m'empêche presque d'écrire comme vous voyez

Journaliste
Le 18 novembre 1891
Nous avons le triste devoir d'annoncer au monde littéraire la mort d'Arthur Rimbaud. Il a été enterré ces jours derniers à Charleville. Son corps a été ramené de Marseille. Sa mère et sa s½ur suivaient seules le convoi funèbre. Ne m'envoyez pas les Poètes Maudits. Je les ai et je connais Verlaine. Il n'a rien de particulier à dire.

Etre là

Ca fait drôle d'être là
Dans cette même demeure
A espérer ton pas
A n'entendre qu'un vieux c½ur

Fatigué d'exister
Lassé de battre encore
Faire semblant d'ignorer
L'ironie de son sort

Ca fait drôle mais voilà
On devance pas son heure
C'est bien sur le contrat
Il n'y a pas d'erreur

J'ai pas voulu y croire
Quand on nous l'a appris
Ca semblait un cauch'mar
Mais c'était pas la nuit

Je suis restée à table
Puis j'ai débarrassé
Alors qu'un grain de sable
S'amusait à couler

Personne n'a parlé
Mais on s'était tout dit
Le feu qui s'éteignait
Est mort sans faire de bruit

Mais je voulais quand même
Avant de nous quitter
De brûler tes poèmes
Indignes d'avoir été

Te dire que j'te déteste
Que je n'te pardonne pas
De partir quand je reste
En me fermant tes bras

Vitalie

Si l'amour suffit à l'amour

Si l'amour suffit à l'amour
Nous suivrons chacun son parcours
Malgré les doutes et les détours

Si l'amour suffit à l'amour
Nous invent'rons jour après jour
Les souvenirs de nos vieux jours

Si l'amour suffit à l'amour

Sur ce tableau, tant de visages
Des silhouettes que le temps ternit
Et peu à peu tous les naufrages
De ceux qui se croyaient unis

Bien sûr quand le destin s'en mêle
Il dispose de nous à loisir
Les histoires les plus éternelles
Finissent elles aussi par vieillir

Si l'amour suffit à l'amour
Nous saurons nous jouer des vautours
Qui veulent nous voler notre tour

Si l'amour suffit à l'amour
Nous prendrons le temps à rebours
Pour rester libres, sans recours

Si l'amour suffit à l'amour

L'ivresse de notre jeunesse
Restera gravée dans nos yeux
Et même s'il faut que la vie cesse
Nous l'emporterons jusqu'à Dieu

Nous subirons les aléas
Et les sarcasmes inévitables
Le temps ne nous appartient pas
Nous ne sommes que ses grains de sable

Si l'amour suffit à l'amour
Nous suivrons chacun son parcours
Malgré les doutes et les détours

Si l'amour suffit à l'amour
Nous invent'rons jour après jour
Les souvenirs de nos vieux jours

Nous suivrons chacun son parcours
Si l'amour suffit à l'amour
Nous prendrons le temps à rebours
Si l'amour suffit à l'amour
Nous serons libres, sans recours
Si l'amour suffit à l'amour
Nous invent'rons de nouveaux jours
Si l'amour suffit à l'amour

Tous

Les vertiges de l'oubli
Nous éloignent de ces êtres
Aux destins incompris
Mais que l'on croit connaître

On se surprend une nuit
Au clair d'une lune blême
A toucher l'infini
Au détour d'un poème

Et on reprend sa vie
Où on l'avait laissée
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé

Le plateau garde encore
Les souffles de nos âmes
Il transpire de ces corps
Brisés comme une lame

Mais l'ombre d'un jeune homme
Planera chaque soir
Sur ces mots qui résonnent
D'une rencontre en retard

Et on reprend sa vie
Avant de vous quitter
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé

Un instant, devenir voyant
Retrouver son âme d'enfant
Eprouver les blessures du silence
Sentir les tourments des souffrances

Mais si leurs souvenirs survivent
Avant que nos rêves s'abîment
Nous aurons su faire
Ce qu'il fallait faire
Nous aurons su vivre...
# Posté le mercredi 29 août 2007 14:35
Modifié le jeudi 30 août 2007 09:36